Le vélo est-il dangereux?


Le vélo, c’est dangereux!

Inutile de les persuader du contraire, les anti-vélos ont des arguments.

Alors ont-ils tort ou raison? Ne nous voilons pas la face: les militants de la cause sont souvent peu convaincants dans leur démonstration du contraire. Et je suis de ceux-là.

Le vélo est une mobilité fragile

Alors faisons un peu appel au bon sens; oui le vélo est une mobilité fragile puisque nous n’avons aucune protection face à l’adversité. Car circuler en France dans un univers contraint et diffus suppose d’accepter un univers de conflictualité, de voisiner avec des usagers en nombre et en mode disproportionnés. D’ailleurs les cyclistes le reconnaissent, c’est un cyclisme de masse qui fera notre rapport de force, qui fera ralentir les flux, et qui nous donnera légitimité et priorité dans le spectre des usagers.

Oui, mais en attendant, les cyclistes sont largement minoritaires et notre part modale en ville plafonnent à 3% dans la plupart des métropoles.

Le mouvement cycliste dans son ensemble est animé de bons principes militants indiscutables. Oui, le vélo est bon pour la santé, oui, c’est un antidote à la sédentarité, oui il est une réponse parmi d’autres aux questions de pollutions environnementales, aux engorgements urbains, aux mitages fonciers des extra-communalités, des hyper-zones commerciales, à l’impossible adéquation des transports collectifs avec les flux croissants de population,…

Le vélo reste dangereux en terme d’accidentalité

Mais dans les faits, le vélo reste dangereux en terme d’accidentalité. Pourquoi ne pas le reconnaître? et pourquoi s’opposer à des mesures conservatrices comme celle du port du casque et d’autres protections passives sur son vélo? On ne devient pas forcément un robocop parce que l’on porte un casque, des gants, des chaussures fermées ou des vêtements de protection. Si l’on vient à chuter malencontreusement, avec ou sans tiers en cause, on ne le regrettera pas.

Le tort militant

Ne pas défendre notre intégrité de cycliste avec des protections passives, c’est le tort des associations militantes. Nous ne sommes pas dans un milieu clos et réservé comme si nous disposions d’infrastructures en propre semblables à celles d’autres pays. Il n’existe pas en France de Direction du Vélo auprès du Ministère des Transports capable de faire prospérer le vélo de façon autoritaire, d’inverser les priorités urbaines dans les choix d’infrastructures. C’est un constat qu’il ne faut pas éluder: le vélo ne sera jamais qu’une réponse mineure aux questions plus générales de mobilités urbaines. Nous n’avons pas les moyens d’inverser une tendance contraire à nos politiques, à notre culture qui repose sur le tout voiture. Pourquoi le nier: la France s’engage massivement vers de nouveaux types de voitures sur la base de l’électricité, plus tard de l’hydrogène. Mais pas vers le vélo autrement que subsidiairement.

Je ne suis pas fataliste. J’observe le mouvement depuis de longues années.

Faire du vélo en ville n’est pas facile. Vouloir démontrer le contraire est une illusion. Les écueils sont de trois ordres:

  • les jeunes générations ne connaissent pas le vélo ou à tout le moins s’en détournent et restent culturellement peu séduites par ce mode de déplacement. On en connait les contraintes: le stationnement aléatoire, les efforts physiques peu valorisés, la complexité des itinéraires dans des flux partagés, les actes de vandalisme associés
  • les infrastructures totalement inadaptées à ce mode de transport que les collectivités tentent à la hâte de construire pour rassurer les nouveaux postulants face aux questions de distanciation sociale
  • l’incroyable escalade des comportements violents au volant encouragés par les véhicules mis sur le marché: plus gros, plus lourds, plus rapides, plus meurtriers.

Trois facteurs qui ne vont pas encourager les mobilités douces! Rien ne sert d’instaurer des zones 30 ou des zones de rencontre (20) dès lors qu’aucune police n’est en mesure de les contrôler sans indulgence.

Alors, le vélo est-il dangereux?

Oui, le vélo est dangereux. Particulièrement en ville. Car c’est en ville que le cycliste est confronté simultanément à l’ensemble des problématiques:

  • des publics cyclistes parfois peu au fait des règles, des comportements à adopter, des risques potentiels,…parmi lesquels des pratiquants occasionnels sans grande expérience, ni adresse, se défiant des prérequis avec des machines inadaptées (sans freins, sans lumières,…)
  • des lieux multiples de conflictualité entre usagers souvent au détriment des vélos: des stop nombreux imposant des efforts supplémentaires, des priorités à l’avantage des usagers motorisés, des feux non coordonnées pour les véhicules lents,
  • des ouvrages urbains truffés de malfaçons: nids de poules, revêtements disjoints, alternances de trajets trottoir/chaussée, de bordures,
  • des comportements inadaptés de la part des automobilistes: risques d’emportièrage fréquents, queues de poissons, changements de direction non signalés, priorités non respectées

Oui le vélo est dangereux. Pourquoi ne pas le dire?

Ne pas revendiquer le port du casque au motif que cela donne un image négative du vélo, je trouve cela complètement inacceptable. Ce n’est qu’un exemple actuel des postures contestables à l’égard du vélo. Mais ce qui est pire, c’est nier les risques encourus du cycliste dans un environnement potentiellement accidentogène. C’est tromper le cycliste sur les réels dangers du vélo.

Oui bien sûr que le vélo est dangereux pour encore longtemps en France. Il est dangereux pour soi et pas pour les autres. Ne pas le dire ne rend pas service à ceux qui postulent à ce type de transport et délégitiment ceux qui voudraient en vulgariser l’usage.

12 réponses sur « Le vélo est-il dangereux? »

  1. Qu’est ce que ça devient tout d’un coup, ce blog, à semer la peur sans fondement ?

    Non, le vélo n’est pas dangereux. Les graphiques du blog suivant sont édifiants à ce sujet. (Les nombres sont les d’accidents à Londres en 2012). Pas les graphiques au début, conventionnels, ceux d’en bas, qui montrent ce que c’est vraiment, un blessé grave sur 300 000 trajets sans incident. Puis celle qui montre les 13 cyclistes décédés sur 219 million trajets : https://www.gicentre.net/blog/2013/11/24/risk-cycling-and-denominator-neglect

    En tant que cyclistes, laissons la désinformation aux grands médias en mal de titres vendeurs. Vous valez mieux que cela.

    1. Il faut arrêter de vivre dans le déni d’un militantisme béat. « Cet engouement pour le vélo s’accompagne également d’un triste bilan : sur les huit premiers mois de l’année, « 580 cyclistes ont été accidentés dans Paris », rapporte la préfecture de police au Parisien , soit une hausse d’environ 30 % par rapport à 2019 » https://www.ouest-france.fr/economie/transports/velo/velo-deux-cyclistes-tues-a-paris-les-accidents-en-forte-hausse-dans-les-grandes-villes-6975874. Un accrochage en ville avec sa voiture n’est jamais mortel. A vélo, oui on peut être tué. Ce qui est symptomatique de ce déni, c’est qu’on se sert d’exemples souvent étrangers pour accréditer l’idée que le vélo n’est pas dangereux en France. Or oui le vélo est dangereux dans un environnement de plus en plus accidentogène, sauf à être un militant convaincu du contraire. Considérez la grande masse du monde cyclotouriste qui pourrait devenir des alliés de notre cause, très peu osent le vélo en ville. Quelle en est la raison? l’insécurité. Et pourtant, ceux-là savent faire du vélo. Alors oui, on dira qu’ils sont des cyclistes du dimanche, des bagnoleux de la semaine. C’est un peu court. Donc en résumé, oui le vélo est dangereux particulièrement en ville et je recommande de porter le casque en signe d’affichage de notre vulnérabilité.

      1. Re,
        On ne peut pas généraliser la situation parisienne : à contrario, l’augmentation de la pratique à Strasbourg (+20%) s’est accompagnée d’une baisse des accidents ! cf. https://www.dna.fr/economie/2020/10/11/plus-de-monde-sur-les-pistes-mais-moins-d-accidents.
        Que faut-il en déduire : des aménagements cyclables plus nombreux et plus qualitatifs à Strasbourg, des pratiquants plus expérimentés, des automobilistes plus prudents,….etc.
        Concernant la grande masse du monde cyclotouriste, je dirai qu’il s’agit davantage d’une pratique cyclo-sportive que d’une pratique de déplacement quotidien : pas sûr que leur faible pratique urbaine ressorte uniquement de l’insécurité !
        Quant au casque, c’est à chacun de juger s’il doit ou non en porter un : il faut responsabiliser les usagers comme dans bien d’autres pays.
        cordialement

      2. La part modale du vélo en Angleterre est de 2-3%, comme en France. Ces pays sont en tout points comparables, car peuplés par des humains. Il n’y a pas non plus une « culture cycliste » aux Pays Bas ou à Copenhague, juste des politiques différentes.
        Il y a eu un accident grave près de chez vous et vous paniquez. Combien d’accidents de voiture, et régulièrement mortels, y a-t-il dans vos environs ? Vous ne le savez même pas, car c’est pas médiatisé de la même manière.

    1. Les associations militantes sont au bout de leurs contradictions. Elles ne pourront plus aller au-delà. A savoir revendiquer le droit au vélo et en même temps dénoncer les dangers potentiels de la route auxquels sont exposées les mobilités douces. Pour aller au-delà, il faudrait modifier le droit d’ester en justice et pouvoir poursuivre les décideurs en incompétence. On peut toujours rêver.

  2. Je suis votre blog depuis un moment, mais là, j’avoue que je n’arrive pas à être d’accord. Je rejoins Marmotte27. Pour moi, l’un des passages qui décrédibilisent tout le discours est « le vélo est dangereux, particulièrement en ville. »
    En fait, que on regarde les chiffres des accidents mortels à vélo, les deux tiers ont lieu hors agglomération (donc en dehors des panneaux blancs à liseré rouge indiquant les noms des villes). Or, d’après les chiffres qu’on arrive à extrapoler (le vélo étant un mode peu utilisé, lorsqu’on fait des enquêtes avec des panels représentatifs, il y a peu de cyclistes), on estime qu’il y a environ deux fois plus de kilomètres réalisés à vélo en agglomération qu’en dehors. Cela signifie donc que le risque d’avoir un accident mortel ramené au kilomètre est quatre fois plus important à la campagne qu’en ville. Les raisons sont multiples :
    – la 1ère, à mon avis de loin, est que les véhicules roulent bien plus vite sur les routes de campagne qu’en ville. Donc moins de temps de réaction et beaucoup plus de dégâts en cas de choc ;
    – la 2ème est qu’il y a, quoiqu’on en dise, de plus en plus d’aménagements en ville mais peu hors des villes, ou alors, ils sont très éparpillés et ne permettent pas de faire des sorties entièrement sur site séparé ou aménagé ;
    – enfin, comme il y a plus de cyclistes en ville, les automobilistes ont de plus en plus de mal à faire comme s’ils n’existaient pas. Et, de plus en plus d’automobilistes sont parfois cyclistes. Je ne connais pas la méthode de l’enquête, mais j’ai vu qu’à Nantes, un questionnaire en ligne a été lancé et 24 % des répondants indiquaient se rendre tous les jours au travail à vélo. C’est énorme comme part du vélo, il y a seulement 5 ans, on arrivait péniblement à 5 ou 6 %.

    Par contre, là où je vous rejoins, c’est que l’insécurité ressentie est énorme en ville. La raison, c’est qu’il y a tout le temps des véhicules autour de soi, il faut faire attention aux piétons, il y a des potelets partout, etc. Donc oui, pour le moment, il est encore souvent inconfortable et peu rassurant de faire du vélo en ville, mais dire que c’est dangereux, surtout à cause des accidents (alors que d’après l’étude de l’ARS d’Île de France citée sur un autre article, c’est la pollution de l’air le principal danger à vélo en ville) n’est étayé par aucune statistique. On en revient au constat fait par O. Razemon dans un autre de ses articles : comme la mobilité concerne tout le monde, tout le monde pense être un spécialiste et que sa situation personnelle est représentative statistiquement (ce qui est généralement faux).

    Mon commentaire est un peu long, mais je pense que c’est un sujet important et dire, sous prétexte que le vélo ne sera jamais une solution importante, alors que F. Héran montre très bien que ce sont les choix politiques des années 1950 à 1990 qui expliquent principalement l’effondrement de la part du vélo, me paraît un peu fataliste. On serait donc incapable de défaire les politiques des 50 dernières années ? Il est certain que ça ne se fera pas en un jour, mais ça ne paraît pas impossible pour autant.

    1. Votre commentaire est intéressant. Toute la question est de savoir ce qui doit l’emporter entre statistiques et ressenti et si les statistiques suffisent à conforter son choix. Je ne réfute pas les chiffres, cependant je n’encouragerais pas le vélo à un néophyte dans la jungle urbaine Car j’en connais tous les pièges.

      1. Dans la vie réelle, il est clair ce qui l’emporte. D’où les 2% de part modale.
        Pour le cycliste averti, la sécurité objective du vélo doit inciter à en faire.
        L’insécurité subjective doit inciter à militer.

        Quant à votre nouvelle rubrique, je ne vois pas ce que c’est sensé apporter dans le débat. Ce n’est ni nouveau, ni efficace. Le pluriel d’anecdote n’est pas « données »

      2. Je ne dis pas que je ne suis pas d’accord sur une partie du fond : « les villes, aujourd’hui, ne sont assez sécurisantes pour permettre aux débutants de tous âges de se mettre au vélo ». Les canadiens (à Vencouvert je crois) ont un concept qui rejoins cette questions, les aménagements cyclables AAA (AAA = All Ages and Abilities, i.e. pour tous les âges et tous les niveaux). Donc, lorsqu’un décideur aménage quelque chose pour les cyclistes, il ne devraient se poser que deux questions :

        1. Est-ce que je laisserais mon fils/fille/petit-fils/petite-fille/neveu/nièce de 12 ans faire du vélo seul sur cet aménagement ?

        2. Est-ce que mon père/mère/grand-père/grand-mère/oncle/tante de 85 ans serait à l’aise pour faire du vélo sur cet aménagement ?

        Si la réponse à l’une de ces questions est non, alors l’aménagement n’est pas assez bon.

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