De tout, de rien et des racines


C’est mon truc de mise en train, le matin.

Je saute sur mon biclou et je me coltine un kilomètre.

Histoire de humer le vent, de me mêler à l’effervescence de la population active qui part au volant.

Le chien de son maître attend devant la vitrine du boulanger.

En même temps, il garde le vélo de maxou.

Il ne me reste plus qu’à rejoindre de quelques moulinets de jambes le logis.

Je le suis. Il est grand.

Mieux, athlétique.

De plus en plus grands, nos jeunes vont rattraper les Allemands, dit-on.

Les couturiers adaptent les tailles…et le 29 pouces VTT ne s’est jamais aussi bien porté.

Les grands vont me faire avaler mon chapeau, moi qui peste après ces grandes bécanes lourdingues.

Le biker altier est fin.

C’est lui qui neutralise la voie, tête nue et blonde.

Au petit jour, au carrefour, il tourne à gauche.

Tout de noir vêtu.

Alors comme ça, internet est le défouloir des humeurs et des haines?

Il est vrai que l’entrisme de l’extrême-droite sur le net est devenu un sport de jeux de mots foireux et obscènes, de colportages de thèses subversives.

Les commentaires des journaux quotidiens en sont remplis et la sévérité des modos n’impressionnent pas les roquets enragés.

J’étais pas né!

Affligeant de voir notre jeunesse s’excuser de ne pas connaître son histoire.

Même la plus proche et la plus récréative. Beatles? Tino Rossi? Connais pas. J’étais pas né, m’sieur.

Allo, non mais allo quoi?

Nabilla!

Là, il savent.

Ce sont souvent eux qui pourtant viennent étaler leur ignorance dans les jeux télévisuels.

Une sorte de nivellement par le bas qui flatte le bon peuple.

Avant moi, le chaos, le néant. Le monde a t-il existé avant 1995? on ne le sait pas.

D’où viens-je? qui suis-je? où vais-je?

Cette question existentielle semble absente de la réflexion de nos plus jeunes.

Je m’accroche pour avaler Finkielkraut dans L’identité malheureuse (paru chez Stock).

Décrié avant même la parution de son livre, Finkielkraut dit des choses pas forcément fausses.

Même s’il n’est pas copain de Badiou.

Des trucs à se prendre la tête sur la laïcité, la mixité, la désidentification (!),…

Il est de ma génération.

Ça aide à la compréhension, heureusement!

Ceux qui voudront poursuivre la réflexion pourront toujours se taper « L’identité de la France » de Fernand Braudel, le chantre de la Méditerrannée,…pendant les mois d’hiver.

C’est un gros truc, ce Braudel, pas moins de 1100 pages pour mieux comprendre notre France.

Si j’ai le temps, je vais le reparcourir. En diagonales.

Nous, on a le look, le look cyclo.

Un look si discordant dans le quartier qu’on nous interpelle volontiers.

« Hé m’sieur, t’as pas peur de tomber?… »

« Si tu commences à parler avec ces gars là, t’es foutu! » me dit Pierre à voix basse…

La remarque fait froid dans le dos.

Les retours à la ville nous plongent dans un multiculturalisme oublié.

Le temps d’une balade, d’un autre horizon.

La vie des quartiers a échappé à notre identité cycliste, celle dont les racines remontent au siècle passé.

Finalement, le vélo, c’est un peu comme un retour sur soi.

Allez, assez de verbiage, je vais peindre.

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