On dit le BAC dans le langage courant.
C’est le Brevet Alpin de Cyclotourisme qui se déroule chaque année sur deux journées.
Décliné à partir du Brevet de Randonneur Alpin (BRA), le BAC permet aux cyclotouristes de partager le même parcours dans un moindre effort sur deux journées.
Voir toutes les images du 11 juillet: Vizille-Glandon-Montvernier-St Michel
Voir toutes les images du 12 juillet: Valloire-St Jean-Mollard-Croix de Fer- Vizille
Avertissement: dans ce récit, deux histoires se chevauchent, l’une écrite, l’autre photographique.
C’est ainsi qu’après les généralités, je décris le dimanche, puis le samedi; allez savoir pourquoi!
Les parcourir séparément et amusez-vous à recoller les morceaux!
Cette année le brevet devait comporter l’ascension du col du Galibier, mais l’éboulement du tunnel du lac du Chambon a contraint les organisateurs à modifier le parcours.
En 2015, le BRA et le BAC ont donc consisté à grimper le col du Glandon au départ de Vizille, puis les lacets de Montvernier avec une arrivée prévue à Saint-Jean de Maurienne, puis retour par le col du Mollard et le col de la Croix de Fer.
Dans les faits nous irons jusqu’à Saint-Michel de Maurienne…puis nous monterons jusqu’au col du Télégraphe… en voiture, nos vélos sur une remorque.
Je crois que mon vélo n’aura jamais monté un col aussi vite!
Bravo en tous cas aux organisateurs qui se sont démenés pour nous rendre ce séjour agréable en dépit des aléas dus à l’éboulement du tunnel du lac du Chambon.
Ce faisant, une fois au col du Télégraphe, tout le monde est prié de rejoindre son hébergement du samedi soir; certains vont à la Grave, à Villar d’Arène, à Valmemier…Pour moi ce sera Valloire.
Impeccable descente sur 5 km, sauf que le lendemain matin dimanche, je dois faire le parcours inverse pour rejoindre le Télégraphe, puis Saint-Michel, puis Saint-Jean de Maurienne où a lieu le départ du dimanche matin.
Au total mon BAC 2015 est dans la poche, mais j’en ai bavé!
235 km et 5631 m…
Annoncé avec 182 km et 4373 m, mon enregistrement GPS sur Openrunner donne 235 km et 5631 m
Mon compteur SIGMA enregistre 239 km et 4432 m plus conformes à la vérité.
Mon GPS Garmin: 237 km et 4030 m.
Ne chipotons pas, les organisateurs ont du réviser leur parcours à la hâte.
Il est difficile de discerner quelle est la véritable dénivelée…probablement autour de 4600 m sur les deux jours.
Mais quand même, des participants peu familiarisés avec la montagne peuvent trouver le dépassement de dénivelée excessif.
Des participants, dit-on, au nombre de 1250, BAC et BRA confondus.
C’est dire si la montagne, ça vous gagne.
Je ne vais pas mentir: des dizaines de cyclos m’ont doublé. Y compris des gens venus de la plaine lointaine sans entraînements aux cols alpins. Mon orgueil vosgien en a pris un coup.
Quand je voyais ces grands gaillards secs et maigres me dépasser, j’ai compris que je n’étais qu’un petit joueur de montagne.
Le coup de mou, c’est le dimanche que je l’ai eu
Le coup de mou, c’est le dimanche que je l’ai eu, quand j’ai du gravir le Croix de Fer après le Mollard.
Saint-Sorlin d’Arves et ses vacanciers au milieu de la route raide et droite, les lacets au loin de la Croix de Fer, tout était réuni avec la chaleur pour me désespérer de cette galère.
La voiture balai et sa remorque, la moto assistance me donnaient le sentiment étrange d’être dans un grand cirque et acteur malgré moi.
Je n’osais plus lever la tête de crainte de voir mes congénères trois corniches plus haut et pour moi le seul but à atteindre était l’ombre rare devant moi. Une ombre rare souvent convoitée par celui qui me précédait.
Pas à pas, je suis arrivé en haut de la Croix de Fer. Et je repense à ceux qui, pris de crampes, criaient leur douleur au milieu de la lente transhumance impassible, et pire! à ceux qui marchaient en chaussettes, les pieds en feu.
Jean m’attendait là.
Viens y’a du saucisson!
Dans cette foire au cochon, j’ai réussi à piquer trois chips, un gobelet de Coca et je contemplais, incrédule, cette grand messe improvisée en haut du col mythique.
Un bus tentait de se frayer un passage dans la foule compacte.
Le désastre!
L’antithèse de mon vélo à moi.
Jean a compris.
Il m’a entraîné vers la Croix en Fer rouillé pour graver notre exploit sur la pellicule de pixels.
Les randonneurs grassouillets saucissonnaient derrière la Croix, le sac à dos appuyé contre le crucifix; ils ne comprenaient pas notre insistance idiote à vouloir faire la photo, la photo mythique dont rêvent tous ceux qui franchissent le Saint Col pour la première…et peut-être…la dernière fois.
On les aura donc en arrière plan sous tous les angles de notre objectif sans que jamais ils ne comprennent qu’ils étaient une faute de goût sur la photo.
Je descends à bride abattue sur le col du Glandon gravi la veille.
50 km de pente jusqu’à Vizille.

Quand le faux plat nous surprend après le barrage du Verney, je songe à manger.
Enfin!
Une pizzeria et une fête populaire sous les flonflons au son de l’accordéon.
Je somnole pendant que des hordes de cyclos filent sur Vizille.
Jean n’a pas faim mais il consent à m’aider à finir mon assiette.
On attrape au passage une brigade légère et affutée qui nous conduira à bon port.
Vizille: 19 km!
Bigre, je croyais qu’on était arrivés.
Mais la brigade est puissante, elle pousse les feux.
On terminera à 40-43 km/h.
Ma puce fait « tut »sous le portail électronique…
Votre diplôme sur internet me dit notre hôtesse pendant que j’essore le bandeau de mon casque.
Contrôle électronique.
Samedi, le prologue comme disent les coureurs
Lomoberet deviendrait fou à l’idée que son auguste personne fasse l’objet d’une série d’octets dans une base informatique.
Je tute et je retute, pour être sûr de répondre de ma personne.
Puis on part.
Jean tourne à droite avant le lycée.
Non, c’est pas par là.
On retourne.
Le barrage du Verney est une première inquiétude: comment allons-nous franchir ce mur?
Puis l’on comprend qu’une divinité bienveillante a tracé des zig et des zag pour nous hisser là-haut.
Atteindre le barrage de Grand Maison, les yeux rivés sur le pentomètre.
On a déjà 1600-280=1320 mètres dans les jambes.
Heureusement, on est partis à 7 heures.
Un gars nous dit: vous voyez le chalet là-haut, c’est là qu’on va…
Le col du Glandon (1838m) est là, derrière le chalet.
On est déjà fiers de notre exploit.
La descente à Sainte-Marie de Cuisnes est tellement vertigineuse qu’on craint parfois de flotter dans les airs.
Nous compatissons devant ceux qui montent…Jean témoigne, en 2004, il l’a fait.
A Sainte-Marie de Cuines, repas.
Le plateau, pourtant famélique, passe difficilement, appuyé à l’ombre de l’église.
Je pousse un somme, comme enveloppé dans une chape de fatigue.
Objectif Pontamafrey et les 18 lacets de Montvernier.
37° au thermomètre, la fournaise.
285 mètres d’ascension doucereuse, les jambes en coton.
Inutile de chercher des pignons égarés, y’en a plus!
C’est comme les fontaines taries, on essaye vainement de tourner le robinet, rien ne vient.
Montvernier, ravito improvisé à la fontaine; le badaud s’inquiète, vont-ils assécher la source?…
Saint-Jean- Saint-Michel, la dernière vacherie.
Ça monte sans le dire le long de l’Arc et de l’autoroute de la Maurienne.
C’est du rab pour atteindre la navette qui nous montera au col du Télégraphe.
Pressés d’embarquer, on fixe nos vélos à la hâte pendant que Jean engueule le bénévole qui n’a pas fléché le tourne à gauche après le feu…les esprits s’échauffent…le directeur bénévole se précipite au carrefour, bombe de peinture à la main…
Pendant ce temps, on se presse dans le break…2 places à l’arrière: c’est pour nous! on passe devant les dames.
Quelle galanterie!
J’ai les genoux sous le menton pendant au moins 15 bornes de montée au Télégraphe.
Ce qui m’inquiète, c’est comment déplier dignement mes guibolles tordues à l’arrivée.
Jean proteste, il est coincé à l’arrière de la voiture; personne ne songe à le libérer de son infortuné siège pour enfant.
L’image de cyclos qui descendent d’une voiture devant le Télégraphe est une grande humiliation à laquelle les organisateurs n’ont pas songé.
Jean, qui a de l’opportunisme, propose un grand Coca au Télégraphe…histoire de se fondre parmi les touristes.
On se quittera au Télégraphe.
Valloire, c’est là-bas dans le creux.
J’ai encore une once de lucidité: demain matin je devrais remonter.
Je mémorise la pente, histoire de calculer le handicap du lendemain.
Non, monsieur après la tartiflette, il n’y a pas de fromage, il est déjà dans la tartiflette!
Notre troisième homme s’est présenté tard à la réception, il a gardé avec lui la clé de la chambre pendant le repas; alors on attend…devant la porte.
Trouvera t-il un homme endormi de fatigue dans le couloir?
Vous ronflez?!!!
Si c’est trop fort, je vous réveille!
Notre ronflement est mis sous condition, alors je tente de sombrer en étouffant ma fatigue sous l’oreiller.
Jean a pris les devants.
Parti tôt, il caracolera en tête jusqu’à la Croix de Fer.
Logé à Valménier, il sera dispensé du Télégraphe.
J’arrive à ma prise de fonction à huit heures après avoir descendu l’Arc jusqu’à Saint-Jean de Maurienne.
Un gros cyclo débarque inondé de sueur…les lacets sont terribles.
Les lacets?
Oui, les lacets de Montvernier…
Soudain, je réalise que j’ai affaire à un extra-terrestre.
Le mec fait le BRA, il a quitté Vizille à trois heures du matin et à huit heures, il s’est déjà envoyé les 110 km et les 2800 m de dénivelées que j’ai fait la veille. Chapeau!
T’es où?(SMS)
A 2 km du Mollard…(SMS)
La montée au Mollard n’est pas évidente…je suis à la trace un grand septuagénaire, écarteur de danger en ligne de mire.
Ce cyclo là mouline comme une machine à coudre.
Tentative de dépassement illusoire, il en est au moins à son vingtième Mollard comme moi à mon centième Bannstein.
A Albiez-Montrond, les cyclos sont joyeux, ils font de la balançoire sur le terrain de jeu pendant que je recharge mes bidons.
La petite photo souvenir au col du Mollard et je plonge.
Pas longtemps!
Au pont de Belleville, conciliabules.
Un groupe d’Italiens bivouaquent sur leurs machines, les BAC dissertent.
Faut-il prendre à droite ou à gauche?
Pendant la conférence, je monte à droite, comme préconisé par l’organisation.
Beaux paysages…les aiguilles d’Arves nous surveillent au loin.
Saint-Jean d’Arves et son église sur fond de montagne sont un vrai délice.
Mais l’épreuve nous attend…
Celle de la montée à la Croix de Fer.
Qu’on ne se méprenne pas: ceci est une aventure personnelle marquante.
Chaque vécu mérite le respect et rien que pour les paysages traversés et gravis, la souffrance est méritée.
J’ai été chercher au fond de moi-même mes dernières ressources quand d’autres survolaient l’épreuve.
Mais quelle belle aventure inoubliable!
Je la dédie à tous ceux qui en rêvent.
Encore.
Détails: là où certains se contentent de leurs trois poches de maillots, j’avais un léger sac à dos en polyamide contenant du Mitosyl, un coupe-vent, des barres, de la compote, des manchettes…un sac de guidon avec appareil photo, téléphone, chambres, glucose, papiers, clés,nécessaire secours, lampes et deux bidons de 70 cl: un glucosé, un eau claire…et mon GPS VTT.
Développement ridicule de 34×32 qui m’a servi longtemps.
Les cols gravis…
| GLANDON | 1924 |
| VENTOUR | 780 |
| LE COL | 1522 |
| TELEGRAPHE | 1566 |
| LE COLLET | 1150 |
| LA COCHETTE | 1355 |
| LE MOLLARD | 1638 |
| LA CROIX DE FER | 2064 |

Très grande qualité des photos, je t’en ai volé !
j’ai apprécié l’humour malgré les souffrances toujours tues.
J’aimeJ’aime
Mes respects ! Moi qui ne connais (et encore, ça date !) que de petites côtes, je ne peux que m’extasier.
Très drôle, votre formule: « Inutile de chercher des pignons égarés, y’en a plus! »
J’aimeJ’aime
Bien que les photos soient petites, il me semble distinguer que votre ami Jean possède une bien belle monture… Titane & sur mesure ?
J’aimeJ’aime
Oui cadre Seven avec roues 650
J’aimeJ’aime
Des roues de 650… Je comprends mieux pourquoi le (long) tube de direction paraissait être celui d’un cadre de géant !
J’aimeJ’aime