En route avec Jean


Niederweiler printanier

Températures printanières et soleil.

On a rendez-vous à la vis d’Archimède.

Avant, on se retrouvait au pont du vieux canal sur la piste de la Grünhutte, mais depuis que le Conseil Général Départemental y a installé une turbine, on a un point de repère pour nos rendez-vous, la vis d’Archimède.

Elle fait du boucan la vis à chaque fois qu’elle déverse sa cargaison de flotte.

J’imagine qu’un abruti va lui balancer un soir un fer à béton ou une branche d’arbre…rien que pour voir!

Dans une vie antérieure, j’avais affaire à un chasseur qui rentrant bredouille chaque dimanche vidait son chargeur sur les isolateurs de la ligne haute-tension. Pour voir le feu d’artifice et par dépit.

C’était quand même beaucoup moins pire qu’une rafale aux terrasses des cafés.

Les cyclos ont leurs amers bière comme les navigateurs.

Ici le pont du Bouc, là une statue de Népomucène,…et maintenant on aura la vis d’Archimède.

Jean ne pensait pas faire un parcours aussi long avec une déclivité fort honorable.

Jean a la pugnacité du cyclo-randonneur

Moi non plus, je ne pensais pas faire tant.

Le beau temps nous a aidés.

A deux, c’est mieux; on profite d’un surcroît d’estime et de confiance dans son pédalage.

Jean part toujours en tête avec un bon train de 24-26 sur la piste cyclable.

Je le trouve excessif car j’ai mal aux jambes, mais je me tais.

Le cyclotouriste n’est pas une mauviette, il doit assurer le train. Sans barguigner.

Il faut faire honneur à sa discipline sans se prendre pour des couraillons.

Après 20 km, je me sens mieux.

Je peux prendre la tête et soutenir le rythme…un rythme vraisemblablement supérieur à ce que je ferais seul.

Dans les bosses, c’est Jean qui commande et règle la vapeur.

Dans les descentes, ne pas se laisser distraire par la prise de vue

Comme un diesel, il ne s’emballe pas Jean; c’est son style: besogneux mais efficace.

Il a gravi tellement de cols que rien ne le ferait renoncer.

Derrière, je m’applique et on arrive en haut contents.

On est évidemment complices de cette réussite: « encore une fois cette année! » disons-nous étonnés.

Puis Jean s’abandonne…« comment imaginer qu’un jour, on ne pourra plus faire de bosses!… »

Je plussoie… « … et se résigner à la plaine avec un aller-retour au poney-parc de Blodelsheim!…

C’est trop triste.

Pour nous remonter le moral, on ira chercher la tombe de Louis Matt au cimetière d’Ensisheim.

Nos vélos à la main, on arpente les allées…le sillage de nos roues s’imprime dans les graviers frais et s’arrête devant la sépulture.

« C’est là » me dit Jean. Une modeste sépulture avec la plaque en marbre illustrée d’une BMW et déposée par un ami et celle portant l’épitaphe « A mon père ».

Rien de ses amis cyclos.

J’avais fait un petit billet en 2010 sans suite.

Louis Matt est parti à 60 ans en 2007.

Je ne l’ai pas croisé; mais c’était parait-il un chic type qui aimait le vélo et les bagnoles.

Pourquoi pas!

Verbaliser son ressenti, c’est l’autre thérapie qui nous fait aussi du bien.

Aujourd’hui on a bien roulés avec nos 80km et 400m, assez pour faire une pause au retour à Neuenburg, le temps d’un selfie.

Il n’y avait plus de Berliner alors on s’est rabattus sur un beignet de carnaval avec un café long.

Même si on n’est pas des supermans, on est contents du travail bien fait dans une époque aussi dérisoire.

C’était notre première vraie journée de route de l’année 2016.

 

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