Les tuyaux du cyclo vaniteux


Hier dans la montée du col du Hundsruck, je peinais misérablement.

Je profitais pourtant de l’ombre.

C’est curieux, je trouve toujours qu’à vélo les côtes sont difficiles…même entraîné.Un œil sur le chiffre du cardio et l’autre sur celui de la pente non moins angoissante, je ne regardais guère devant.

Je me bornais à me remémorer le profil et à anticiper enfin le replat salvateur du plan Diebold.

Seul point de mire motivant, ces deux cyclos devant moi à une encablure…

C’est après le passage à huit à 8 (huit pour cent, 8 à l’heure) que j’ai vu mes devanciers marquer le pas…et se rapprocher de moi.

Alors que je les aborde,« je m’excuse…je ne l’ai pas fait exprès!… » .

C’est vrai quoi, je ne l’ai pas fait exprès de les rattraper puisqu’ils ont molli, regrettant presque de ne pas être resté derrière eux.

C’est pour moi un crève-cœur de doubler un cyclo dans l’effort, mais il est vrai que je suis plus souvent acteur de la situation inverse. On me double chaque année un peu plus, comme dans le Bannstein (pourtant accessible) où des cadors montent à 18-20 quand je me décarcasse à 12-14.

Ce qui me fait horreur, c’est le « faux mou »  qui mouline en douceur lors du dépassement et qui met la patate ensuite pour montrer qu’il en a encore caché sous la semelle et afin d’être sûr qu’on ne s’accrochera pas derrière.

« Le faux dur » ne fait pas longtemps illusion dans la confrérie cycliste.

Celui-là fait souvent preuve de prétentions outrancières; il passe devant avec un braquet insensé puis s’écroule généralement cinquante mètres plus loin comme une baudruche sans air.

On repasse devant sans s’attarder avec dédain, son capital-confiance définitivement dilapidé.

Non, soyons sérieux, quand on est gentleman compétiteur, on double sans fioritures de façon magistrale sur la plaque et assis sur la selle, s’il vous plaît!, sans même pouvoir l’entendre arriver derrière soi. Seul le souffle d’air déplacé nous surprend en donnant l’illusion fugace de flotter dans du coton…puis viennent encore pendant quelques secondes les effluves du bel étalon qui fuit déjà au loin.

La jeune femme du Hundsruck me renvoie dans mes cordes et me remet dans le droit chemin: « on voit ceux qui s’entraînent toute la semaine!!! »

Et toc! le maxou, prends ça dans les dents!

Pour tout dire, je redoute cet épisode du doublement en situation difficile car une fois devant, cette frivolité accomplie, il faut maintenir la pression car l’on est toujours à la merci d’un cyclo vexé qui va vouloir revenir derrière vous sucer la roue; cela m’est très désagréable car j’aime bien aussi refroidir la chaudière intérieure et faire moins de vapeur.

Non, ce qui est paisible dans le doublement, ce sont les moments de galère dans les grandes rampes sans ombre comme la Furka ou le Ventoux où des forçats à l’agonie tentent de rejoindre le sommet; on les voit, pauvres hères chimériques, se hisser à hauteur de l’autre dans un dernier effort surhumain en guise de victoire temporaire sur l’invincible pente.

Ces propos vaniteux, je ne les aborde pas souvent dans mes chroniques bien que je subodore qu’ils sont nos jardins secrets. A tous plus ou moins.

  • Sur la toile, un grand compétiteur mulhousien à l’ego surdimensionné affiche ses compteurs régulièrement en préparation d’un grand truc de ouf
  • 14000 km, 200.000 mètres de dénivelées et 121 sorties à la fin juin!

Époustouflant!

L’exercice n’est pas sans danger car, chacun le sait, la compétition conduit parfois à de sérieux revers sur le plan physique et moral qu’il va falloir gérer après coup. Sans parler de la chute de notoriété après tant de publicité dithyrambique sur soi-même…

Restons humble: je me contenterai de mes 4520km et de 33250m (route et VTT ensemble) à cette date.

Je dis bonne route à tous mes amis qui savent faire preuve de sagesse et à l’ego contenu.

 

Une réponse sur « Les tuyaux du cyclo vaniteux »

  1. Moi ce qui m’énèrve et m’exsaspère c’est quand je suis doublé (et ça arrive plus souvent que l’inverse) et que le cyclo passe sans un mot, sans un regard comme s’il était seul au monde.
    Avec mes potes lors de nos sorties nous saluons systématiquement tous les cyclistes.
    L’autre jour nous montions du côté du Viel Armand et à l’entrée d’un virage pavé nous avons été doublés par surprise par un un de ces costauds qui ne nous a pas accordé le moindre regard ni salut. Et là monte pote lui a crié « t’as perdu quelquechose » et notre balèze s’est enfin retourné vers nous en nous demandant « quoi ? » et mon collègue de galère de lui répondre « ta langue ».
    En voyant sa mine déconfite on a bien rigolé… et on a continué notre ascencion de bien meilleur humeur.

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