Les potins de BlaBlaCar


Qu’est ce que c’est que ça ? Ça existe comme bagnole ça ? Un truc qu’il a fait lui-même ou quoi ?
C’est pas à moi le sac, non non.
Vous allez à Paris ?
Hein ? A Lyon ? Oh oui, oh ben alors…
Ça me rapprochera toujours un petit peu. Bon allez va !
Vous en êtes content de vot’ bagnole là ?
Ah oui c’est bien, faut pas être difficile. C’est français ?
Oui ? Ça doit pas être cher quoi.

(Coluche, l’autostoppeur)

Covoiturage avec Blablacar ou l’autostop moderne.

Certains, parait-il, en ont fait un job, tous frais payés avec leur voiture de service.

De quoi ajouter du beurre aux épinards!

Blablacar, c’est aussi une forme d’ubérisation du covoiturage qui ne dit pas son nom.

Vous transportez du monde dans votre bagnole sans être professionnel tout en l’étant un peu…

L’économie collaborative est une activité humaine qui vise à produire de la valeur en commun dit wikipédia.

De la valeur, de la valeur…, c’est vite dit. Pour le conducteur c’est souvent aussi des emmerd…en cascade.

Avec Blablacar, le site de partage en ligne a redonné ses lettres de noblesse à l’auto-stop qui n’inspirait plus confiance depuis longtemps à cause de candidats à l’apparence douteuse et supposés vouloir vous dépouiller de votre bagnole et de son contenu.

Bref, le salaud de pauvre du bord de route ne faisait plus recette face aux bourgeois automobilistes!

Il faut dire qu’à présent le covoiturage est devenu payant, ça facilite le remplissage de la bagnole.

Celui qui veut profiter de votre voiture paie à concurrence d’un tarif préétabli en fonction des kilomètres effectués.

Depuis que Blablacar, le premier site de covoiturage, a développé sa formule, les transactions sont contrôlées: le site encaisse l’argent du candidat au voyage, prélève sa dîme puis reverse l’argent au conducteur. Il sera donc très facile pour le fisc ensuite de constater que vous êtes un professionnel camouflé comme ces vendeurs patentés du Bon Coin.

J’ai testé Blablacar en qualité de conducteur.

Pourquoi rouler seul à bord alors qu’on a de la place à partager?

Sur le plan environnemental, la formule parait séduisante.

Vous déclarez votre voyage et Blablacar vous trouve des voyageurs.

Le principe est simple, il faut cependant maitriser internet et ses rouages.

Un jeu d’enfant pour les plus jeunes, un casse-tête pour d’autres.

Dans la réalité, c’est plus compliqué car cette centrale de réservation informatique est diabolique.

Alliance de marketing collaboratif et d’informatique binaire, vous ne pouvez pas échapper aux arcanes du processus.

Les passagers attirés par la formule et le coût attractif du voyage ont parfois tendance à croire qu’à l’autre bout de la ligne un professionnel, autrement dit un taxi, vous attend.

Alors vous me prenez où exactement à Saint-Etienne?…et à quelle heure?…

Pour sûr, votre passager ne vous attend pas au bord de l’autoroute (ce qui est interdit); il faut donc quitter l’autoroute puis trouver un point de rencontre pas toujours évident quand c’est à 400 km de chez vous… et que votre passager n’est pas précisément marcheur.

La préférence du passager est donc d’être chargé au plus près; surtout s’il est accompagné de bagages.

Proposer la place de la mairie,  de l’église ou le MacDo au bord de la voie rapide semble indiqué…autant de temps gagné à trouver la solution et à échanger par téléphone, SMS ou mail avant de tomber d’accord.

Se méfier! le village n’a parfois pas d’église mais un temple perché sur un monticule en haut du village et le lieu de rendez-vous va sembler suspect.

Mieux vaut éviter les cimetières où les cyclistes sont pourtant assurés de trouver un point d’eau qui dort…

L’enfer informatique!

Reste l’heure d’embarquement…

Blablacar calcule votre heure probable d’arrivée pour vous,  pas question de s’amuser en route!

Sur mon parcours aller-retour Mulhouse-Yssingeaux , pas moins de trente-deux messages échangés pour six passagers!

Sans compter le téléphone et les SMS.

L’enfer informatique!

Prévoir un smartphone bien chargé et savoir jongler d’une application à l’autre.

Il est clair que tous ces ingrédients finissent par lasser, surtout quand le téléphone sonne alors que vous êtes sur votre vélo, en réunion ou tout simplement…au fond de votre lit!

Certains candidats au voyage n’ont hélas aucun souci des convenances et vous dérangent à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit…ce qui a pour effet de vous exaspérer au plus haut point.

Du coté de Blablacar, le site internet est devenu tellement compliqué que bien des chauffeurs occasionnels renonceront à l’expérience.

Questions publiques: « pouvez-vous venir me prendre à l’aéroport de Lyon? », « Le Midas, c’est bien celui à coté d’Optical Center? », « pourriez-vous venir jusqu’à Vénitieux?, c’est juste un petit détour »,…

Plus question d’attendre son chauffeur Libé à la main!

Votre passager vous voit sur le parking, il vous expédie un SMS: « je suis là »…

Très drôle!

Géolocalisation: il semble même que le passager puisse suivre votre arrivée sur son smartphone…ce qui n’est spécialement pas rassurant sur le plan de la vie privée du conducteur.

Puis, vient l’heure du code à entrer dans son ordi pour être payé.

Pas de chance, mon passager n’a pas son code…je suis donc marron, je vais devoir parlementer avec Blablacar pour récupérer mes 9 euros.

« Conducteur sympa », « passager agréable et ponctuel »,…

On n’échappera pas non plus aux avis laissés aux uns et aux autres après le voyage.

« Conducteur sympa », « passager agréable et ponctuel »,…

Faire gaffe! car vos appréciations vont rester plusieurs années visibles sur le site. Pas de droit à l’oubli.

Écrire de façon circonstanciée si vous avez du porter la cagette de pêches de la dame au troisième étages de l’immeuble, de retour de Perpignan et qu’on ne vous a pas dit merci !…

Certes les passagers sont unanimes: la formule réjouit les porte-monnaies et taille des croupières à la SNCF et, j’imagine aussi, aux taxis.

Exemple: trajet Saint-Etienne- Lyon avec Blablacar 4 euros de porte à porte, avec la SNCF 11.50 euros de gare à gare soit près de trois fois plus cher!

En plus, les voyageurs dissertent ensemble, de tout et de rien. Une complicité s’établit parfois lors des grands voyages, on s’arrête boire un café, on mange ensemble…

Tous les passagers ne sont pas des voyageurs impécunieux, car le covoiturage rend des services insoupçonnés lorsque la voiture est en panne, lorsque vous débarquez à l’aéroport, quand votre destination est dans un coin perdu.

Mais le coté noir du covoiturage existe aussi.

J’en ai été acteur involontairement.

Dans la frénésie de messages et de SMS qui vous inondent les jours et heures précédents le voyage, vous découvrez que vous allez avoir plus de voyageurs que de places offertes. Blablacar vous dira que c’est impossible…et pour cause un voyageur s’est désisté pendant qu’un autre a pris sa place.

Suit un imbroglio infernal.

Pire sont ceux qui vous appellent sur l’autoroute à hauteur de Macon alors même que vous venez de franchir la sortie 29…celle du passager.

Vous croyez devoir passer par l’aéroport de Lyon alors que c’est à Vénissieux qu’il faut se rendre. Cafouillage total, surtout quand en plus vous êtes au volant avec des conditions de circulation dense et des radars dans tous les coins.

Pour clore le chapitre, le passager délaissé vous appelle au téléphone et vous menace clairement « j’ai votre photo et celle votre voiture et je sais où vous habitez, vous allez vous en souvenir!… »

Depuis ce jour, j’ai décidé de ne plus prendre de voyageurs avec Blablacar car rien ne me dit que ce passager irascible ne mettra pas ses menaces à exécution.

Je vous le dis, la somme de complications générées par le covoiturage sur de longs voyages avec pas moins de 6 à 7 passagers différents n’est pas un long fleuve tranquille.

La contribution financière ne compense pas les sujétions, l’attention et la responsabilité du transporteur bénévole que vous êtes.

L’économie collaborative a donc ses limites.

Je l’ai compris, même avec les meilleures intentions écologiques, le covoiturage est devenu une industrie du voyage comme une autre qui vous dissuadera un jour d’en être acteur.

Comme dans le sketch de Coluche, l’enfoiré de conducteur c’est vous.

 

 

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