Une fierté mal placée


Je n’en dis rien à personne. Sauf à vous.

Le vélo, comme j’ai coutume de le dire, c’est mon dada. Alors hier encore, j’ai sorti mon routier, mon dada routier, et je me suis coltiné la route. Difficile en Alsace d’éviter les tronçons malsains car l’Alsace est plus peuplée que ne l’est la Haute-Marne, par exemple.

Alors je tends le dos.

C’est le cas de le dire lorsque j’entends derrière moi un poids lourd qui roule lentement, incapable de doubler le cycliste que je suis. Pourtant je frise les bordures blanches en espérant qu’une branche mal tombée ne me fera pas dévier.

Et quand le mastodonte déboite, j’observe le long convoi me dépasser (entre Burnhaupt et Bernviller). C’est long et parfois très lent. J’imagine le chauffeur l’œil dans son rétro qui doit lui aussi craindre que je passe sous les roues.

Certains camions prévenants passent au large, ils anticipent leur trajectoire profitant de leur vitesse et de la vue qu’ils ont au loin. Merci à ceux là.

Le chauffeur routier doit vitupérer au volant. Que vient foutre un vieux à vélo ici!

Donc hier encore, je suis rentré indemne.

Indemne de faire du vélo! Quel monde absurde! Vingt ans en arrière je ne voyais pas les choses comme ça avec mes copains de route. Peut-être que les conditions n’étaient-elles pas les mêmes?

Les quelques montagnes russes du Sundgau m’ont rappelé les sorties longues de jadis. J’avais calculé que les routes du Sundgau (le sud de l’Alsace) équivalait à mille mètres de dénivelé tous les cent kilomètres…

Au loin arrivant à Galfingue, j’ai aperçu quatre cyclos tous de jaune vêtus. A leur hauteur, j’ai vu qu’ils étaient du club de Staffelfelden. Tous munis de cycles électriques.

L’époque a bien changé.

Ce que je croise le plus fréquemment aujourd’hui pendant la semaine, ce sont des vélos électriques. Inimaginable vingt ans plus tôt!

Mentalement, je construis ma boucle routière. Pourvu qu’elle fasse cinquante kilomètres! C’est mon objectif du jour. Cette vanité là pourra paraître futile pour un si petit nombre de kilomètres à vélo…penseront les connaisseurs.

C’est pourtant ce paramètre que je m’assigne avant d’atteindre mon point de départ. Ce genre d’exercice devient de plus en plus fastidieux pour moi. Pour tout dire « sur la route je m’emmerde ». D’autant que juin cette année est moche et que j’ai mis les manchettes au maillot. Vent frais qui oblige au retour à ruser face à l’ouest en cherchant des lisières. Quitte à prendre des portions pourries, bosselées, rapiécées, gravillonnées…

Notre décadence routière, je la vis à chaque fois, signe d’une société qui décline. Car l’état routier est une preuve de notre dépérissement économique. Sans parler des friches industrielles qui enlaidissent nos campagnes d’Alsace. J’aimerais être contredit.

PIB/hab de l’Alsace:

PériodeÉvolutionCommentaire
2000–2007+5 % cumuléCroissance très faible
2008–2010Stagnation / baisseImpact de la crise mondiale
2010–2017Reprise lenteTransition industrielle
201731 700 €Dernier chiffre disponible sur la page
2017–2020Faible croissanceRégion en reconversion
tableau Copilot

Une fierté mal placée?

C’est lorsque j’aborde ma rue en zigzagant dans le quartier pour faire un compte rond imbécile sur le cadran du compteur que je savoure ma performance. Une performance capable d’interroger les spécialistes de la route habitués à tourner les manivelles pendant des heures à grand train. 50 km

Laisser un commentaire