Arrière-gardiste

L’arrire-gardiste collectionne tout

C’est l’hiver. Et si j’en profitais pour ranger? Pour quoi?…pour RAN…GER!!! C’est mon talon d’Achille; ranger je ne sais pas faire sans déclencher en moi un abîme de perplexité. Quand j’aborde cet exercice, je suis sur mes gardes. Impossible d’aller rechercher ce qu’on a jeté à la déchetterie de la communauté de communes! D’ailleurs les gardiens ont l’ordre d’interdire les récupérations. Ça serait trop facile. Un jour, tu jettes, le lendemain tu viens reprendre ce que tu as jeté la veille…La déchetterie est sans cœur. Mais elle a fait des progrès: elle a ajouté un container Emmaüs pour ceux qui hésitent à ne pas laisser une deuxième chance à ce qu’il jette.

J’ai déjà abordé cette fragilité de ma personnalité ici et . Ce matin, j’ai ouvert un tiroir du bureau. Un tiroir profond comme on n’en fait plus aujourd’hui chez IKEA. Horreur! une pile de documents du cyclotouriste Maxou. Maxou? connais pas! Des extraits de cartes Michelin plastifiés, des carnets de Brevets, des listes de voyages,…

Ma femme me le disait encore il y a deux jours, faudra penser à débarrasser!… sous-entendu, dégonfler ce fatras de choses qu’on accumule depuis au moins vingt ans.

Ce qui me manque, c’est la méthode. Chaque chose me pose une question de conscience. Et ce petit bout de carte que j’ai trainé dans la poche du maillot en 1992, n’est-il pas utile de le garder?…en souvenir?…en souvenir de cette journée qui devait être belle grâce à cet itinéraire ciselé que j’avais du peaufiner sur la table de la cuisine?…Oui, je sais, il y a ceux qui ne s’embarrasse pas: ils prennent un grand sac noir et vident le contenu du tiroir. Moi pas! Je ne sais pas faire ça. Alors je trie. Ce qui est jetable à droite, ce qui est gardable à gauche…et ce que je ne sais pas au milieu.

Une heure durant, je tente l’exercice. Puis je range tout dans le tiroir. Oui, sans aucun doute je suis un arrière-gardiste en retard sur son époque. Tout le contraire de l’avant-gardiste qui jette tout!

Les potins du lundi

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L’avant-garde n’est pas toujours à notre goût

Faut s’méfier!

L’artisan se laisse parfois gagner par les méthodes du grand commerce.

Ton vélo en pneus de 26 ne vaut plus rien! combien? 200? 300 euros?

Ce n’est pas qu’une affaire de pneu, c’est une affaire générationnelle.

Nos commerçants en cycles préfèrent vendre du neuf quitte à mécontenter les moins jeunes attachés à leur machine.

Que Machin se débrouille avec sa machine! c’est un peu dans l’air du temps.

Enfant des années 50, notre taille moyenne est de 1.70m et le vélo de 26 pouces nous convient parfaitement. C’est une affaire de proportion, pas de marketing.

Mais les standards américains sont passés par là.

Les jeunes hommes d’aujourd’hui sont plus grands de 4 à 8 cm en moyenne et acceptent mieux les vélos de 27.5 pouces.

Tout le monde aura un 27.5 sinon rien

Je proteste, évidemment.

C’est comme pour les bagnoles.

Au prétexte qu’elles n’ont pas le dernier gadget à la mode, elles décotent.

Surtout celles au gasoil.

A partir de là, deux attitudes: soit je vends vite fait, à vil prix, soit je garde…

En vendant, on entre dans le circuit infernal de ceux qui changent pour changer.

Vous allez alors devenir un roi de l’actif circulant et vous contemplerez votre beau vélo neuf au pied du lit chaque matin.

Eh vous là, qu’est-ce que vous faites?

Moi je fais circuler mon actif, mon vélo tout neuf. Celui que je revendrai vite fait l’année prochaine.

A quand les vélos en crédit-bail?

En gardant, on devient gardiste comme ceux qui collectionnent les bons vins.

Remarquez gardiste, je l’étais déjà avant, puisque chacun sait que les cyclistes sont des avant-gardistes qui s’ignorent.

Le gardiste collectionne parfois des tas de ferraille. Comme moi. Une nouvelle sagesse qui consiste à mettre en avant tout ce qu’on a laissé derrière.

Je pourrais terminer ce billet du lundi avec l’insignifiance du type qui raconte sa vie sur un vélo…et qui ne sait faire que ça.

Je ne le ferai pas.

Il me faut revenir sur cet épisode de contestation des Gilets Jaunes.

Beaucoup préfèreraient griller les étapes; j’en connais parmi mon entourage qui aimeraient voir se dissoudre en silence ce phénomène qui entrave la bonne marche de leur idéal climatique.

Le Plan Climat et ses promoteurs veulent continuer sur leur lancée comme si rien ne devait enrayer le rythme immuable des réformes vers un univers décarboné.

Ni Trump, ni la Chine, la France toute seule est sûre de sa vérité.

Le grain de sable, hélas, est venu des Gilets Jaunes.

On ne sait pas encore si la société qu’on dit aujourd’hui libérale pour ne pas dire capitaliste (ce gros mot), va abandonner quelques lambeaux de pouvoir d’achat aux travailleurs.

Pour le pouvoir en place, le désaveu est patent.

Il n’a que ce qu’il mérite après tant d’humiliations et de régressions subies par le monde du travail.

La France profonde est devenue une sorte de tiers état où personne ne la représente dans aucune institution et qu’on peut taxer à volonté.

La faute à qui?

Ne soyons donc pas étonnés si la rue devient un nouveau théâtre de revendications et de protestations.

Pour l’heure, cette révolution qui ne dit pas son nom effraie le beau monde des ministères et les élites médiatiques , mais ce n’est rien à coté d’une vraie révolution comme celle de 1789 où les ingrédients sont pourtant identiques:

  • des caisses vides
  • une contestation large
  • une élite discréditée
  • un président, roi des riches

 

Gardiste malgré nous

J’ai longtemps été à l’avant.

Pas des pelotons, des gardistes.

J’avais souvent le plus beau vélo, le plus beau maillot, les plus belles casquettes…J’étais donc l’avant-gardiste dans ma campagne profonde champenoise où le commerçant de cycles le plus proche se trouvait à pas moins de 4 heures…de selle! Continuer à lire … « Gardiste malgré nous »