La plume pas facile


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Et quand tu fais pas du vélo?

C’est parfois la question posée.

De moins en moins souvent, puisqu’on sait autour de moi que je consacre du temps aussi à l’aquarelle et à la rédaction.

La rédaction?…

Ce mot là nous fait souvent frémir de frayeur car il rappelle la page blanche du dimanche soir alors que nous étions enfant.

Surtout ne jamais commencer par il était une fois!

Mon instituteur avait posé tellement d’interdits qu’on ne savait plus comment commencer son récit.

La rédaction de mon blog depuis bientôt dix années le mois prochain (octobre 2006) m’a redonné confiance.

J’y ai largement pris mes aises, comme si l’on m’avait autorisé à écrire à la fois des deux mains.

J’avoue que l’exercice rédactionnel est devenu le prolongement de chaque randonnée à vélo, une sorte de décontraction nécessaire comme peut l’être le massage.

Mais, surpris à vivre dans l’instantanéité de l’évènement, je me mets aussi difficilement à lire pour mieux équilibrer mon quotidien.

Les écrivains qui pédalent, on en connait.

Alfred Jarry, Bernard Chambaz, Maurice Leblanc et Eric Fottorino…et tous les autres pour lesquels nous avons de l’estime.

Mais des cyclistes-écrivains, plus modestes, en viennent aussi à l’écriture à force de pédaler. Ils écrivent de longs textes, ce dont je suis encore bien incapable.

A l’inverse, sur les réseaux sociaux, l’écriture est devenue pour beaucoup une communication nécessaire capable de figer l’instant de leurs exploits.

Souvent indigeste, hélas, tellement l’on nous assomme à coups de textos, de vocabulaires abscons au commun des mortels, ainsi qu’à un usage immodéré des interjections enfantines, des hihihi, des truismes rebattus, et des ponctuations d’émoticons endiablés destinés à impressionner le lecteur et à enjoliver la prose.

Bernard Chanas dans le Randonneur de septembre 2016 nous explique sa méthode pour écrire un quatre pages dans un article intitulé « la plume facile ».

Des semaines et parfois des mois à coucher les idées sur le papier, à peser, soupeser les mots et à écrire vingt fois le même début.

Réfléchir à l’ordre des mots, vérifier les accords, chercher un synonyme, faire une chasse méticuleuse à tout ce qui pourrait alourdir le rythme…écrit-il.

Comme il a raison!

Mais hélas, cette méthode là ne rencontre plus beaucoup d’adeptes; aujourd’hui, il nous faut du prêt à consommer tout cuit.

Je veux dire qu’on ne prend plus le temps ni à bien parler et encore moins à bien écrire, si tant est qu’on l’ait su un jour…

Rendre compte.

Rendre compte de son voyage à vélo reste un exercice difficile.

Ce n’est souvent qu’une énumération comptable de kilomètres, de pentes franchies et de performances renouvelées pour être encore une fois arrivés à l’heure à l’apéro.

La poésie des lieux est souvent battue en brèche par le sensationnel, il ne faut donc pas trop s’attarder en route, à peser ses mots et s’attarder pendant que les autres s’enfuient devant. On se contentera alors d’un cliché pour fixer ses impressions jusqu’au retour.

Le vélo-zapping

Notre société zappe. Et les cyclistes aussi.

Cette année, j’ai fait ça et ça. C’est le principal, mon but est atteint.

Ils font du vélo-zapping.

Nous n’avons que très peu de temps pour dire notre ressenti, il faut déjà passer à autre chose…

Ainsi, je n’écris pas de brouillon, je passe tout de suite à l’action devant mon écran et je déroule mon histoire comme on déroule le tapis neuf de macadam sur la route.

Puis je repasse avec un râteau pour tenter de fignoler les bords de ma route qui m’apparaissent biscornus et j’appelle ensuite l’aperçu de ma page pour la voir avant l’édition, c’est la séquence estime de moi.

La plupart du temps, elle rejoindra immédiatement la galaxie du net.

Sinon WordPress me la conservera à titre de brouillon si je ne suis pas entièrement satisfait.

 

 

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2 réflexions sur “La plume pas facile

  1. « J’avoue que l’exercice rédactionnel est devenu le prolongement de chaque randonnée à vélo, une sorte de décontraction nécessaire comme peut l’être le massage » : je partage, cher Vélomaxou. Le vélo appelle l’écriture et les mots s’assemblent quand l’esprit respire et est libéré par le mouvement.

  2. Tu as ma foi une belle plume, même si elle n’est probablement pas facile.
    Je peux te conseiller la lecture d’un petit livre que l’on m’a offert et qui m’a beaucoup plus, d’autant plus qu’il évoque les routes de la Loire et Haute-Loire que j’ai bien connues : Besoin de vélo de Paul Fournel (on le trouve ici, même si je n’aime pas beaucoup donner des références chez Amazon : https://www.amazon.fr/Besoin-v%C3%A9lo-Paul-Fournel/dp/2020551349/ref=sr_1_3?ie=UTF8&qid=1474964478&sr=8-3&keywords=paul+fournel ).
    Il s’agit de petits récits à la fois poétiques et bien vrais si l’on considère nos âges …

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