Pour se souvenir

J’ai ressorti ce bouquin de 1996. Je ne le relis que par bribes tellement c’est dur.

Svetlana Alexievitch a fait un travail de journaliste dix ans après 1986, date de l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl.

C’est le récit de gens ordinaires qui ont vécu le drame après la catastrophe puis qui en sont morts pour la plupart. Les habitants qu’on chasse, les soldats sans protections envoyés retourner la terre, détruire les habitations, tuer les animaux, les insectes, les femmes accouchant d’enfants malformés, …

On appelait « les liquidateurs » ceux qui étaient chargés justement de couvrir de terre toute la zone contaminée autour de la centrale et de faire disparaître tous les villages environnants et d’autres « les dosimétristes », ceux qui mesuraient la radioactivité partout et qui en dressaient des états jamais publiés.

L’URSS d’alors (jusqu’en 1996) n’a rien appris depuis. Si l’on veut comprendre la bêtise de cette guerre que Poutine fait à l’Ukraine aujourd’hui, il suffit de relire comment on se comportait déjà au lendemain de Tchernobyl. Le modèle soviétique est toujours là. Secrets, non-dits, mensonges, mépris des droits humains, …la preuve: Poutine en 2022 a laissé ses soldats bivouaquer pendant des semaines dans les bois autour de la centrale et y creuser des tranchées. Puis tout ce petit monde irradié est rentré chez lui en Russie.

Une population rurale complètement ignorante des dangers de la radioactivité

Je suis à Kiev

Finalement je me relève, assommé par l’insomnie qui perdure.

Je suis à Kiev. Cette guerre, dont on ne sait rien d’autre que ce que les correspondants de presse mêlés à la population nous rapportent, ne traduit en rien la réalité des combats.

Certes on voit de carcasses de chars, on entend des détonations au loin. Mais rien de probant pour dire que Poutine mène pas à pas son agression.

Alors je suis quand même à Kiev. Par la pensée.

Avec Laitier de nuit d’Andreï Kourkov (ed Points), je vis à travers cette fable qui ressemble à un polar dans l’ambiance ukrainienne de cette ancienne république soviétique.

Ironie du sort, Andreï Kourkov vit à Kiev…et il est Russe.

Avez-vous déjà entendu parler de « l’antifrousse » ? Ce breuvage made in Ukraine qui permet de vaincre sa timidité, de triompher de ses ennemis, de surmonter toutes les épreuves. Un remède pour lequel on tuerait père et mère, n’est-ce pas ? Mais là, c’est son inventeur, un estimable pharmacien de Kiev, qui est assassiné. Ensuite ?`Ensuite tout se complique. Dans cette fable échevelée, les chats ressuscitent, un somnambules se fait suivre la nuit, un député ambitieux exige un lait très spécial, une organisation secrète manipule les braves gens… Trafics et tentatives de corruption s’enchaînent aussi aussi vite que les énigmes (et les rasades de gnôle à l’ortie!) pour tisser peu à peu la trame, non seulement d’un roman savoureux, mais d’un pays tout entier.

Babelio

Ecouter Andreï Kourkov en 2010 dans Un livre, un jour

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