
J’étais là au milieu de nulle part dans cette friche abandonnée.
La civilisation urbaine a tout oublié.
Les pierres minutieusement disposées une à une pour donner à cette terre un semblant d’humanité, les seuils des arpents cultivés dotés d’une entrée maçonnée, les fruitiers plantés là pour donner l’ombre et la fraîcheur et aussi l’agrément d’une fin de repas tiré du sac du paysan.
Tout s’est retrouvé au fil du temps lâché par ceux qui, faute de successeurs, ont du renoncer aux journées de labeur, ont dû quitter la paysannerie d’antan.
Murets effondrés, pierres descellées, arbres morts, chemins envahis par la ronce.
Au creux d’un maigre vallon, un lavoir.
Redécouvert sous d’épaisses couches de plantes folles, il est resté là pendant des décennies à l’insu de tous.
Voici que cette friche propice aux dépôts sauvages retrouve une âme, un témoignage d’humanité oubliée.
Moi qui me désespère de voir ces bulldozers de la modernité tout arracher sur leur passage, sans égards aucuns pour l’histoire des lieux désertifiés, je me surprends à croire que tout n’est pas perdu pour nos jeunes générations.
