Jour : 13 janvier 2020

Les potins du lundi

Cycliste, un sous-citoyen au quotidien semé d’embûches

Cycliste au quotidien? si vous l’êtes, alors vous méritez une décoration dans ce monde de brutes.

Parfois je m’interroge sur mon identité cycliste. Nous en avons tous une, mais laquelle?

Se situer dans la galaxie cycliste, c’est une question de repères. Cette question là pourra paraître futile, voire iconoclaste pour ceux qui ne pratiquent le vélo qu’à titre sportif.

J’ai été de ceux-là, le dimanche matin. Et rien d’autre. C’est dire si je dois tout à ma première pratique du vélo, le vélo sportif. Et encore: je n’ai jamais été tenté par la compétition. J’exclus l’enfance où l’on avait tous un apprentissage intuitif du vélo contrairement à aujourd’hui.

Au dehors de cet environnement cycliste en club d’une ville provinciale le dimanche matin, rien ne nous prédisposait à un autre usage du vélo. Ni les voyages, ni les transports quotidiens pour l’école, les courses, le travail. Encore moins la fédération de cyclotourisme qui imprimait sa marque, son style, ses sorties, et même ses types de vélo calqués sur la compétition, le triple plateau en sus. Du tourisme autour du bourg et c’était tout.

Imaginer un autre monde, celui du vélo « utilitaire », du vélo porte-charges avec porte-bagage, c’était impensable. Cela n’appartenait qu’à la ruralité pour porter la marmite ou à la grande ville pour se défier des encombrements et alors même que les questions de pollution et d’environnement étaient ignorées. Le vélo est aujourd’hui totem de tous ceux qui se réclament d’un meilleur air et d’une meilleure santé. Il n’est hélas parfois qu’un alibi pour rallier une noble cause. Je pense aux élus en quête de suffrages, on connait la musique.

Du coté des grands voyageurs, un champ clos de passionnés souvent méconnus.

Est venue l’heure de la contestation de notre espace sur la route avec le VTT. Un façon de se dérober à l’envahissement et à la suprématie du monde automobile. Finalement le VTT a été un révélateur de nos fragilités sur la route. Non, le vélo routier n’a jamais atteint sa légitimité au pays du tout-voiture. Encore aujourd’hui, on en souffre. Aucun complexe commercial, par définition hors la ville, n’a fait une place au vélo. Les axes structurants sont d’abord pour la voiture. Et on en a encore pour au moins cinquante ans. Il est donc illusoire de revoir les centres-villes retrouver leurs commerces et leur dynamisme attractif en dépit des intentions pieuses des candidats-maires qui vont se présenter dans quelques semaines à nos suffrages.

Cycliste des villes et des champs? oui je m’en contente. L’âge venant, je me sens de plus en plus en insécurité sur la route. La semaine dernière, j’ai été frôlé par une voiture à la sortie de Bollwiller. J’ai eu le souffle coupé tellement elle est passée près de moi. D’habitude, je tente d’estimer le mètre qui nous sépare…ici pas possible! Du vélo routier dans les zones peuplées est devenu de plus en plus anxiogène. Le cycliste n’est pas lui non plus à une incivilité près, lui qui frôle bêtement les groupes de piétons sur les voies vertes sans prévenir, ni ralentir.

Un dernier mot pour dire que je prends aussi le volant et que je m’aperçois que les comportements des automobilistes sont beaucoup plus agressifs au volant de leurs puissantes et confortables autos. Toute opportunité de doubler est bonne à prendre. On n’attend plus derrière le vélo, on le frôle comme si le cycliste était inhumain.

Cycliste au quotidien? si vous l’êtes, alors vous méritez une décoration dans ce monde de brutes.