Jour : 5 juillet 2020

Quelle est sa faute?

La mort pour ce vélo a été votée. Bêtement.

Chaque jour en passant devant sa dépouille, je me recueille.

Mon petit-fils a tâté la roue. « Elle est encore dure, papy », me dit-il. C’était un vélo. Abandonné, il a fini entre les mains des gamins du quartier.

C’est fou ce qu’un vélo est susceptible d’encaisser comme coups, comme mauvais coups. Je ne sais pas pourquoi cette graine de violence se déchaîne ainsi sur une chose aussi ordinaire qu’un vélo Micmo. Peut-être parce qu’elle n’est pas capable de se défendre? je ne sais pas. Le vandalisme sur un vélo me révulse. S’acharner ainsi doit certainement répondre à une nécessité de faire le mal. Le mal pour le mal. Le mal gratuit. Et chaque jour qui passe, il faut lui enlever encore une raison d’espérer, de ressusciter entre les mains de celui qui l’a perdu ou abandonné entre des mains vengeresses.

Chaque jour, il subit de nouveaux coups. Et pour qu’il ne s’échappe pas, on l’a attaché à un pieu. Un pieu, comme ces condamnés qu’on exhibe après leur condamnation, leurs meurtrissures, le temps qu’ils expient je ne sais quelle faute.

J’imagine qu’il existe une sociologie du vandalisme, peut-être une explication freudienne qui pourrait nous dire pourquoi un tel acharnement à détruire. Ou plus simplement s’agit-il d’un rite expiatoire en réparation d’une infortune? ou des joies qu’auraient pu apporter ce vélo à son propriétaire?

Que l’on m’aide à comprendre!