Mourir vieux


Les sportifs âgés s’interrogent. Vaut-il mieux mourir malade et vieux ou vieux en bonne santé?

Cette question philosophique est complexe. Edgard Morin mort récemment à 104 ans se l’est-il posée? Il a eu le temps puisque à 75 ans comme moi, il était encore jeunot.

Notre société vieillissante se dote d’une arme massive pour accroitre notre confort du vieillissement. Des retraites qu’on ne cesse de pointer du doigt parce qu’elles coûtent de plus en plus chères et des soins ciblés toujours plus sophistiqués pour ralentir les maladies fatales et traiter celles devenues chroniques.

Le statut du vieux est de plus en plus montré du doigt; c’est lui qu’on accuse de tous nos maux. Ce sujet me taraude, vous l’avez compris. Pourtant dans ma carrière active, j’ai tout bien fait, cotisé tous mes trimestres, payé ma maison, élevé mes enfants en couple avec mon épouse…et j’ai même regretté un statut qui ne permettait pas de poursuivre quelques mois, quelques années…Oui j’ai profité de ce qu’on appelle « les trente glorieuses », un Etat entreprenant, des projets de développement, des valeurs politiques assumées, un monde bilatéral convenu avec une guerre froide où chacun restait à sa place.

Maintenant qu’un bazar international est installé sur la planète, maintenant qu’on nous a vendu un libéralisme mondialisé, bradé notre industrie de base, confondu le monde libre avec un mercato déréglementé, nos jeunes générations commencent à se plaindre que rien ne va plus.

Mourir en bonne santé, c’est quoi déjà comme mort?

Je pense à la mort violente; par exemple un virage manqué en descendant le Grand Ballon à fond la caisse? un feu rouge grillé? un chasseur qui me prend pour un sanglier dans la Hardt?…

Mais une mort douce en bonne santé? est-ce que ça existe? Je redoute cette hypothèse. Oui, je sais, certains préfèrent éluder la question et, pourquoi pas, se réfugier dans une croyance céleste.

Moi pas!

Alors en attendant je continue d’exploiter cette voie active qui consiste à courir et à pédaler, comme d’autres qui marchent ou qui nagent. des activités qu’il convient de conjuguer avec son mental.

Ne nous mentons pas: l’action mécanique de nos exploits sportifs ne sont pas gratuits car un jour ou l’autre, il faut payer le prix de nos articulations déglinguées, arthrosées et de nos fractures de fatigue.

De mon coté, je me surprends de plus en plus souvent à radoter et à soliloquer. Se parler à soi-même sur son vélo, c’est ce qui me fait le plus peur. J’en profite pour ressasser de vieilles rancœurs et m’insurger. Ce qui fait aboyer les chiens à l’entrée des villages et détourner la tête des vaches dans les prairies.

Les chevaux sont plus compréhensifs, ils ne tendent que les oreilles.

Alors je me dis la décrépitude mentale me guette t-elle? Ce sont peut-être des signes avant-coureurs.

L’ordre et le désordre sont-ils des prémisses d’une crainte de perdre une forme d’autonomie dans son quotidien?

Héritée de ma période professionnelle, du suivi managérial des mes affaires par objectifs, j’ai tout converti chez moi en résultats. C’est un enfer dont je peine à m’extraire. Pire, l’absence de rationalité me déstabilise, j’ai besoin de repères quotidiens. J’écris ce qui me semblera plus tard utile dans un mois, un an et je récapitule mentalement le bon usage de mon emploi du temps journalier.

Un boulot de dingue!

Pendant ce temps là, je ne pense plus à disparaître.

Mais j’ai encore des axes de progrès.

Ma culture livresque au demeurant modeste, car je lis lentement jusqu’à mon sommeil, me cantonne dans des évocations historiques, les romans de nos auteurs contemporains comme Camus actuellement. Comment vivre à Oran au temps de l’empire colonial?

Juin s’annonce médiocre après l’épisode caniculaire de mai. Je vais tout de même sauter dans mes baskets après ces digressions éloignées.

Maxou, t’es pas drôle à la fin!

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