Qui n’a pas entendu parler des carnets secrets tenus par les uns
et les autres de cyclos méticuleux?
Des carnets de caisse odorants de la firme Oréal?
Non, des carnets qui égrènent, jour après jour, les kilomètres
parcourus sur nos routes provinciales et qui sentent encore la
sueur.
Comme des pièces à conviction que l’on pourra saisir, le jour
venu, pour pouvoir dire « non, commissaire, ce jour là, j’étais
au Col Amic!… »
Ainsi, l’on ne pourra pas vous accuser sans preuve et s’entendre
reprocher de manquer à la probité ou de sombrer dans je ne sais
quelle entreprise vénale.
Les esthètes du beau carnet prendront soin de le choisir assorti
aux couleurs de leur club et de noter scrupuleusment l’indicible
d’une journée, « raide comme un passe-lacet », » à l’agonie », »
journée d’enfer », tout en détaillant dénivellée, vitesse moyenne,
kilomètres, sans oublier les dépenses occasionnées par ce sport de
pauvre sur vicinales bitumineuses.
Seules quelques ponctuations de nouvelles planétaires viendront
déranger ce catalogue à la Prévert de nos sorties cyclistes, la
chute du mur de Berlin, l’attentat des tours du Trade World Center
ou la mort de cette angélique princesse dans les souterrains
parisiens.
Histoire de se référer au temps qui passe. Sur nos vélos.

