Jour : 15 juin 2020

Les potins du lundi

Un beau challenge commencé en 2006

La fin du blog Vélomaxou, j’y songe depuis plusieurs années.

S’arrêter est plus difficile que commencer. On a toutes sortes de scrupules à le faire car un blog n’a pas de raison sociale: on ne peut pas nommer un liquidateur et un tribunal ne peut pas procéder à sa dissolution faute d’actifs. C’est donc le titulaire qui est maître des lieux.

Mais j’ai toujours quelques réticences au moment de mettre un terme à l’expérience commencée en octobre 2006. De sursauts d’estime, le sentiment d’avoir encore à dire, de ne pas avoir épuisé le champ des expériences. Et des lecteurs fidèles qui aiment me lire, suivre mes balades, partagent mes points de vue…quand d’autres y trouvent matière à être confortés dans leurs thèses.

Je me souviens qu’à l’origine, j’avais eu droit à un article de presse dans les pages locales. Mon cheminement de cycliste a été long. J’ai d’abord abordé le vélo sous l’angle du cyclotourisme dominical, puis je l’ai poursuivi avec une prise de conscience écologique, celle qu’on ne pouvait pas être écolo le dimanche et en bagnole tout le restant de la semaine en ville. En passant j’ai pris en marche le mouvement VTT adoptant le tournant un peu tard. Je n’ai pas quitté la route mais presque! Car la France n’a pas cette âme à favoriser le vélo outre mesure. Promouvoir le vélo, c’est un peu comme les danseuses de la République, on y croit pour s’amuser. Les clubs dont j’ai longtemps été membre se sont peu à peu délités et leurs fédérations discréditées lors de l’épisode Covid; nous en sommes tous à la fois victimes et la cause. En cause le modèle de la sortie groupée qui ne convient plus; en cause aussi un vieillissement des équipes qui n’ont pas su se renouveler à temps, séduire de potentiels successeurs.

Tout a une fin. Il faut savoir s’arrêter lorsqu’on a le sentiment d’avoir tout dit, même l’indicible, tout raconté et tout photographié.

Et puis, il faut accepter un déclin naturel de son enthousiasme, de sa force physique naturelle et de sa force de conviction.

Non ce n’est pas un coup de mou comme on dit dans les grimpées sévères. C’est une réalité, le vélo d’aujourd’hui n’est plus à ma mesure, à celui du temps. J’ai achevé ma révolution. Le regard des plus jeunes n’est plus le même: ils ont leurs objectifs qui ne sont plus les miens, leurs propres conceptions du vélo qui n’est plus la mienne.

En ville?

J’ai illustré encore une fois l’incapacité des corps urbains à maitriser les infrastructures cyclables qu’ils diligentent On a l’impression que le mal est endémique et qu’aucun concepteur d’ouvrages urbains ne comprend les impératifs à réaliser pour rendre le vélo facile en ville. Aujourd’hui je m’en prends à Vieux-Thann près de chez moi qui vient de réaliser un aménagement de voirie complètement raté au centre de la commune. A un point tel que face à la mairie, on a du mettre en place une balise en plastique pour signaler le décrochement anguleux d’un trottoir.

Une image pauvre ou une pauvre image? les deux! C’est ainsi que va le vélo de ville en France. Ici une signalétique qui ne conduit…nulle part.

Profitons de cet engouement pour le vélo post-covid puisque c’est presque devenu un slogan, vous avez peur du covid? après le restez chez vous on a à présent faites du vélo.

Étrange société!

Alors les municipalités se lancent dans d’improbables circonvolutions de leurs chaussées pour dérouler un tapis jaune au vélo. Ne soyons pas dupes, la France a plusieurs décennies de retard en terme de « mobilités douces » et à la rentrée prochaine, on verra les bornes de jalonnement en plastique disparaître puisqu’il faudra bien relancer le commerce atone de la bagnole et du SUV capable de faire fi des dos d’âne.

Les ouvrages cyclistes bâclés continuent de prospérer dans nos collectivités aux frais des contribuables. Ces réalisations attestent que le mouvement vélo dans son ensemble n’a pas su s’imposer, s’impliquer, prospérer dans nos modes de vie urbains.

Vieux-Thann vient de renouveler la rue Berger-André. La bande cyclable qui tient lieu de trait d’union avec la Voie Verte a disparu, elle a été remplacée par un improbable parcours sur trottoir. Encore une fois, il manque un échelon de coordination entre les intercommunalités pour assurer un avenir aux Voies Vertes lorsqu’elles traversent une agglomération. Pour l’heure les élus font ce qu’ils veulent. C’est le cas à Cernay, à Vieux-Thann et à Thann.
Après travaux dans la rue Berger-André à Voeix-Thann, les cyclistes qui quittent la Voie Verte de la Thur tomberont toujours sur le même sac de nœud avant de savoir vers où se diriger pour rejoindre Cernay. Ce carrefour avec deux stop successifs est éminemment dangereux. La piste sur trottoir supposée bidirectionnelle à gauche n’est pas signalée. Bref tout est raté. Comme d’hab!

Les clubs?

Je leur ai déjà dit au revoir, successivement, comme beaucoup de ma génération l’ont déjà fait puisque l’objet d’un club cycliste n’est pas de gérer des cyclistes déclinants sur le plan physique.

Le plan physique, il faut l’adapter à soi-même et surtout ne plus le comparer à d’autres dans de dangereuses chevauchées le long des départementales anxiogènes.

Il faut tenir compte de tout. J’en tiens compte.

Comme un malheur

Comme un malheur n’arrive jamais seul, après le drame Covid dont la France sort plutôt groggy, voici qu’elle se prend en pleine figure l’affaire Traoré. En écho à l’affaire George Floyd aux States. Les Traoré sont d’habiles metteurs en scène, je n’en disconviens. Ils sont animés d’un discours racialiste qui nous prend à contre-pied de nos valeurs.

Un État faible comme l’est la France politiquement n’avait pas besoin de cela en même temps.

Les questions raciales américaines n’ont rien à voir avec celles de la France et de sa police. En revanche, elles portent en germe une idéologie de la violence qui se sanctuarise grâce aux forces néolibérales mondialistes.

En France le racisme est ordinaire. Inutile de le nier. Notre histoire en est jalonnée. Mais ce racisme est rentré en nous et il ressort de temps à autre dans des périodes critiques. On sait très bien que l’autre, celui qui est différent, incarne nos périodes douloureuses. Celles du colonialisme, de la collaboration…et celle actuelle de l’ouvrier Peugeot venu de Pologne épauler les travailleurs français. Il ne manquait plus que celui-là pour déchaîner les passions d’une France soupçonneuse.

La période actuelle est critique car le pays est atteint sur le plan sanitaire et dans sa dynamique de croissance alors elle est favorable à l’expression de ceux qui s’estiment lésés. Les minorités de tous poils. Lésés d’une politique qui étouffe, pour ne pas dire qui étrangle les expressions, sous le boisseau de la République et de ses hommes de mains.

La police est l’instrument d’un pouvoir fragile et l’on voit la faiblesse de l’Etat qui n’arrive pas à la tenir. Période dangereuse qui se renouvelle après la surprenante affaire Benalla, l’épisode des Gilets jaunes, des yeux crevés, des mains arrachées sans que la classe politique ne s’en émeuve.

L’Etat a donc sombré, cédé à l’usage de la force, renoncé au débat démocratique.

On en voit le résultat et l’on ne sait pas comment en ces jours incertains on va pouvoir remettre le pays sur les rails d’un début de concorde.