
Rien!
Tête vide, ventre creux, jambes molles.
Même pas un itinéraire qui motive.
C’est le burn-out du cycliste.
Alors je laisse filer le temps.
Un avachissement généralisé.
Il n’y a que le bruit du vent qui s’engouffre dans les ouïes de mon casque qui me parvient étouffé à travers mon bonnet chaud.
J’avise au loin un chemin de traverse qui me dispensera de grimper puis de redescendre.
Il a perdu son charme depuis longtemps, nos gros tracteurs agricoles impriment des saccades crantées qui éprouvent bras et mollets.
Le monde agricole est devenu lourd. Du haut de sa machine, le paysan voit-il encore sa terre? l’arbrisseau en devenir?
Un lotissement fraîchement goudronné. Gagné par les édiles sur les bonnes terres, le mitage foncier fait son œuvre.
Des gens, mon bon cycliste; il nous faut des gens et même des âmes pour que la ruralité ne sombre pas dans l’oubli.
Alors on bâtit.
Le cycliste passe, l’habitant reste.
J’avise une pente solide et empierrée, je l’aborde confiant dans une lueur d’espoir retrouvé.
Au loin, la ville.
