Les potins du lundi


Tailler dans le vif est une violence

Finalement, les manifs sont rentrées dans le rang, on ne les remarque plus. Elles ne sont plus que le bégaiement d’une société malade qui secrète quelques excroissances de rancœurs, puis tout redevient normal.

Les commerçants se terrent derrière leurs rideaux de fer et les badauds préfèrent les jardins publics aux artères commerçantes. Je suggère qu’on épaule un peu les Gilets jaunes en leur confiant des protestations ciblées; par exemple les manifestants pro-vélo pourraient revendiquer avec l’aide des Gilets jaunes plus de pistes cyclables ou moins de bagnoles en ville. Les Gilets jaunes deviendraient ainsi des manifestants par procuration. Un samedi, manif pour les agriculteurs, un autre samedi manif pour les Ephad, un troisième pour le climat,…Les Gilets jaunes pourraient détenir là un bon filon avec les manifs dédiées et même créer un marché des manifs et pourquoi pas faire jouer les cours. On aurait donc une bourse de la manif et un cours fluctuant. Les acheteurs de manif pourraient souscrire des emprunts et choisir le niveau de revendication: avec ou sans casseurs, avec ou sans pavés…et pour les manifs de grande méchanceté avec cocktail Molotov ce qui n’a pas encore été expérimenté depuis 68.

Relégué en fin de journal, parfois complètement absent des titres du France 2 de 20 heures (le 23 février), le mouvement des Gilets jaunes ne passionnent plus. Il reste un volant de quarante ou cinquante mille irréductibles pour qui c’est devenu une habitude de manifester en jaune le samedi. Alors les médias s’en détournent. Il n’y a plus que LCI ou BFMTV qui meublent leurs antennes en continu avec des caméras statiques attendant que des sauvageons fassent le buzz et arrachent les parements de pierre du mobilier urbain pour ainsi les transformer en projectiles.

Le Grand Débat, je n’en étais pas. Mais j’entends ce qui s’y est dit. Une grande communication de bla-bla de Français « ya ka » qui pensent que tout est simple et qui ne comprennent pas pourquoi c’est si compliqué. Avec cet encouragement à débattre de tout et de rien, ceux qui ont le plus à craindre sont les députés, ceux qu’on a envoyés à Paris pour nous représenter et qui ne représentent en fait plus personne puisqu’ils ont fait le serment d’allégeance à la Macronie qu’il fallait tout changer dans le sens inverse de ce que veulent les Français.

Ce qui fait enrager le bon peuple, c’est que d’autres puissent se déclarer peuple à leur place comme le font les Gj. Faire people, c’est à celui qui le fera le mieux. Cette perte de repère et de valeur de nos sociétés modernes a pour conséquence qu’on ne sait plus trop qui on est, d’où on vient et où on va.

Moi si, je sais d’où je viens. Et je m’en souviens. Même si je ne sais pas où je vais. Ce qui m’autorise à dire les choses telles que je les pense.

Le vieil homme me regardait descendre derrière son bois scié, fendu et empilé consciencieusement le long du Altrainrunz. Il m’a regardé passer impassible comme si j’étais un extra-terrestre sur mon destrier à suspension hydro-pneumatique. Surprise! je m’arrête. Vous êtes le deuxième à passer me dit-il…La conversation va durer près d’un quart d’heure. On croit être seuls, là-haut, comme des maîtres du monde. On ne l’est pas. Tronçonneuse, coin, hache, tous les outils du labeur sont sur le sol. C’est une Mc Culloch, mieux qu’Husqvarna selon lui…On vole du gasoil dans les Latil des bûcherons garés là-haut. Même au fond des bois, y’a des voleurs!

Un gros pick-up noir dévale la pente et c’est à peine si l’on a le temps de s’écarter du chemin.

J’ai pris le parti de militer pour le vélo, toujours convaincu qu’il est un maigre argument de nos mobilités douces et d’un air moins pollué en ville. Mais tous les partisans de l’air pur ne l’entendent pas ainsi. Prendre son vélo pour aller en course, au boulot ou porter les minots à l’école, n’y songez-pas! Ils sont tous prisonniers du système, de leur système, auquel ils ne veulent rien changer. Ils débattent, oui. Ce qu’on pourrait faire pour améliorer le système? Mais pas trop! L’habitude des gens est comme une houle lente de longue portée qui se répand à l’infini. Portée par le vent.

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