Jour : 4 décembre 2020

Look coco

Parfois je m’interroge sur mon identité cycliste. Nous en avons tous une, mais laquelle?

Se situer dans la galaxie cycliste, c’est une question de repères. Cette question là pourra paraître futile, voire iconoclaste pour ceux qui ne pratiquent le vélo qu’à titre sportif.

Le vélo est aujourd’hui totem de tous ceux qui se réclament d’un meilleur air et d’une meilleure santé. Il n’est hélas parfois qu’un alibi pour rallier une noble cause. Je pense aux élus en quête de suffrages, on connait la musique.

Si notre société se fragmente, les cyclistes aussi.

Nous sommes un certain nombre à le penser, la pratique cycliste a dépassé le stade du consensuel. A quoi bon jouer aux victimes innocentes puisque rien ne vient conforter notre bon droit dans l’espace public.

J’ai un confrère qui a pris le parti de vivre dans une bulle internet avec son blog: il fait comme s’il habitait les Pays-Bas. Des autoroutes à vélos, des ponts, des passerelles dédiées aux vélos. Un univers cycliste à lui seul s’est installé chez nos voisins. Pas en France.

Si l’on a tracé à la hâte des bandes jaunes pour inviter au vélo pendant la Covid, on se rend compte que tout ça est du bricolage sans grand avenir. La société français est ainsi faite que jamais elle ne prendra le virage écolo.

Ce qui est nouveau c’est cette noria de cyclistes et de trottinetteurs furtifs, qui circulent en douce dans nos espaces urbains. Ni vus, ni connus. Ce sont des usagers sans nom, sans identité.

A leur différence, je défends mon statut de cycliste. Arnaché de pied en cap et avec un casque le plus souvent car , à la différence de mes confrères bisounours, j’ai compris que l’espace urbain est devenu le siège d’un séparatisme. Je prends aussi le volant et je constate que les comportements des automobilistes sont beaucoup plus agressifs au volant de leurs puissantes et confortables autos. Toute opportunité de doubler est bonne à prendre. On n’attend plus derrière le vélo, on le frôle comme si le cycliste était un être insignifiant, une gueule de bois en puissance. La jeune génération devant le juge « j’étais pas né Votre Honneur, au temps des vélos!… »

Vous ne me croyez pas?

A certaines heures, point de salut pour le vélo, ce sont les bagnoles et les poids lourds qui font la loi. Imaginez que dans les gazettes, on trouve de plus en plus de gens bien attentionnés qui souhaitent fractionner nos activités en fonction du statut et de l’âge.

Isoler les vieux dans les supermarchés à certaines heures et pas à d’autres, c’est ce qui germe dans les esprits des actifs pressés. Vous ne me croyez toujours pas? Pourtant on a déjà inventé des caisses pour clients lents, ceux qui veulent parler à la caissière, mettent du temps à compter leur monnaie et peinent à dégager fissa leurs articles au bout de la caisse.

Clients prioritaires dans les supermarchés, alors pourquoi pas des cyclistes prioritaires pour ceux qui font acte de lenteur.

Nous, on a le look, le look cyclo

Un look si discordant dans le quartier qu’on nous interpelle volontiers.

« Hé m’sieur, t’as pas peur de tomber?… »

« Si tu commences à parler avec ces gars là, t’es foutu! » me dit Pierre à voix basse.

La remarque fait froid dans le dos.

Les retours à la ville nous plongent dans un multiculturalisme oublié.

Le temps d’une balade, d’un autre horizon.

La vie des quartiers a échappé à notre identité cycliste, celle dont les racines remontent au siècle passé.

Finalement, le vélo, c’est un peu comme un retour sur soi.

J’ai été brouillon ce matin. Que mes lecteurs m’en excusent.