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Facultatif, le code du cycliste

Avec le Code du Cycliste qui vient de paraître, je vous le dis tout net, ça ne donne pas envie de faire du vélo. (3 euros en version numérique et après avoir ramé avec le serveur de Dalloz modèle 1.0). D’ailleurs la France n’est plus un pays de vélo depuis longtemps et elle en paie le prix aujourd’hui dans ses espaces urbains. Sortir un code du cycliste parait donc un peu contre-productif.

Puisant au tréfonds du droit écrit de circuler à vélo, l’auteur, Ludovic Duprey rassemble les textes fondateurs de nos interdits à vélo comme pour nous menacer par avance de toutes nos incartades quotidiennes. Pourtant je le sens sympa Ludovic et un peu gêné aux entournures d’avoir commis cet ouvrage. Normal, c’est son job, le droit.

On y trouve notamment de nombreux textes en relation avec l’usage d’une remorque qui rappelle bougrement le Front Populaire et les congés payés qui témoignent d’un total décalage entre le droit cycliste et la modernité. Par exemple apprendre qu’une remorque excédant 1.30m de largeur doit comporter non pas un mais deux feux de position ou qu’il est interdit de rouler de front avec une remorque. Il est vrai que deux types qui discutent à vélo en tirant une remorque sur la nationale, c’est très fréquent.

A titre anecdotique, on apprendra aussi qu’au lieu de la sonnette, on peut disposer d’un grelot! Tiens, je vais m’en procurer un pour faire le buzz en ville…ou qu’il est interdit de se faire remorquer par un véhicule (on se souvient que, môme, on aimait s’accrocher aux remorques tirées par les chevaux) ou de faire de la publicité lumineuse sur son vélo (là je ne vois pas…)

Viennent ensuite quelques nouveautés de la dernière décennie comme le « tournez à droite » aux carrefours à feux ou le fameux « double sens cyclable » que les municipalités renâclent à généraliser…ou encore le gilet haute visibilité.

Au chapitre des peines contraventionnelles, amis cyclistes méfiez-vous de la 5eme classe qui peut atteindre 3000 euros et une suspension du permis de conduire d’un an et aussi …

  • l’interdiction d’émettre des chèques et de se servir de sa carte bancaire
  • le retrait du permis de chasse!
  • la confiscation des armes dont le condamné serait propriétaire!
  • la confiscation de la chose (le vélo) qui a servi à commettre l’infraction

Dans un long avant-propos de 18 pages, Ludovic Duprey le confesse comme à regret dans sa conclusion: j’espère que les années à venir justifieront de nombreuses mises à jour. Comme on l’aimerait aussi.

C’est dommage, des pans entiers de notre droit à pouvoir rouler sont absents de ce code du cycliste comme celui du droit de rouler à VTT sous le régime forestier et comment lutter contre toutes ces interdictions et ces panneaux dissuasifs plus ou moins abracadabrantesques que génèrent les communes pour nous dissuader d’aller là où bon nous semble avec notre bécane.

Mais la France, on le sait, est orfèvre en interdictions diverses. C’est en tous cas dans l’air du temps.

Pour vous remettre de ce pensum, je vous conseille Pierre Sansot dans « Chemin aux vents » (Payot). Il ne se sent pas concerné par les associations des deux-roues avec poussettes, badges et pancartes…Il ne satisfait pas de la segmentation des flux et des espaces (à chaque véhicule sa bande, son parcours)…il préfère inventer au coup par coup (ses) règles, (ses) itinéraires, « faire l’indien ».

Le vélo en quête d’organisateurs

http://dai.ly/x1tvaa

Le vélo se suffit à lui seul.

C’est un peu ce que je me suis dit quand j’ai décidé que pour aller et venir je n’avais besoin de rien d’autre que ma bécane.

Les encombrements, les interdictions, je m’en accommode. Poursuivre la lecture de « Le vélo en quête d’organisateurs »

Vive l’anarchie joyeuse!

Je dis arrêtons-tout!

Y’en a marre de tous ces ouvrages cyclables qui ne font que nous compliquer la vie!

Je vais devenir un apôtre des espaces indéterminés, comme Pierre Sansot qui revendique une anarchie joyeuse pour les vélos.

On n’en est pas loin de l’anarchie joyeuse devant tous ces ouvrages inaboutis qu’on nous inflige à chaque carrefour, à chaque giratoire, où tantôt on doit rouler sur le trottoir, tantôt sur la route.

Je me remémore ce responsable d’un club cyclotouriste qui, désabusé, constatait que nos chutes à vélo sont aussi nombreuses sur les ouvrages cyclables qu’ailleurs, là où il n’y rien de spécifique  construit pour nous, les cyclistes.

Les cyclotouristes se plaignent?

Comment une grande fédé comme la FFCT peut-elle rester absente du débat?

Je les connais les responsables locaux et départementaux: ils sont absents du débat. Il siègent pourtant, oui. Mais ils ne disent rien dans les instances.

Pour tout dire, ils s’en foutent ou sont la plupart dépassés par le phénomène des grandes agglos.

Alors qu’ils ne viennent pas se plaindre si ça ne leur convient pas!

Force est de reconnaître que nos concepteurs s’ingénient à parsemer sur nos trajectoires un tapis hétéroclite de bandes, d’obstacles en tous genres, de panneaux, de pierres propres à nous décourager…et à nous faire casser la gueule. Pour tout dire.

Si l’intention est louable puisqu’au départ il s’agit de dissuader les intrus à quatre roues d’entrer sur nos territoires réservés, il faut admettre que dans la plupart des cas, le remède est pire que le mal. Poursuivre la lecture de « Vive l’anarchie joyeuse! »

Vive les feux rouges grillés

Finalement, j’ai réfléchi.

Puisque Gaccio nous a pris pour des pommes dans sa chronique à France Inter, provoquant un beau bazar dans la cyclosphère, j’en ai pris mon parti.

Je rejoins Pierre Sansot.

Pierre Sansot dit la chose suivante:

« Je salue l’avènement d’une nouvelle espèce qui rachètera les métropoles  de leurs excès, en jouant  de leurs contraintes et donc en les prenant de vitesse.

C’est ainsi que les cyclistes empruntent aujourd’hui sans scrupules  les trottoirs, se sachant habiles pour éviter les piétons. Ils avancent à contresens d’une rue, évitant de justesse un méchant véhicule.

Je ne les crois pas concernés par les associations des deux-roues avec poussettes, badges et pancartes.

Quand ils s’y rendent, c’est par sympathie et pour leur donner un coup de main.[…] Ils ne se satisfont pas de la segmentation des flux et des espaces. Ils préfèrent inventer leurs règles, leurs itinéraires, « faire l’indien. » [….]

Un piéton peut ressentir une impression de solitude, s’abandonner à des pensées sombres,[…].

Le cycliste qui a mes faveurs résiste mieux au spleen. Dans une ville hostile, il ne perd pas pied. Il prend appui sur le mouvement de son vélo, et l’entrainement de ses muscles.Il a en lui une anarchie joyeuse. »

Pierre Sansot

Chemins aux vents

Payot et Rivages 2000