Jour : 31 mars 2020

Vélo Malo recommande le vélo

le vélo préférable à la voiture dans les rues de la ville

A lire dans Ouest-France

Interpellé par la Brigade Verte

Ce matin, je fais mon jogging dans le cadre du K5 de l’enceinte de confinement.

Bonjour monsieur, vous avez votre attestation?

Le brigadier au volant de sa Dacia m’avait croisé au carrefour de l’avenue du Blosen et de la rue Clemenceau. Il a fait demi-tour et m’a interpellé sur le parking du stade avenue Pasteur.

Je sors mon attestation…

Vous habitez ou?…

Après mon interpellation, j’ai dépassé le cercle au coin du stade et encore après pour aller chez mon pharmacien. Pas vu, pas pris.

Accéder à votre zone K5 de confinement

Vous êtes à plus d’un kilomètre me dit-il avant même d’avoir consulté ma carte et mon cercle d’un kilomètre…

Finalement il se ravise alors que je lui montre l’endroit sur le plan.

Bon pas plus d’une heure, c’est compris!

Nous sommes clairement dans une mesure d’intimidation puisque la loi dérogatoire me permet d’être là où je suis. Il n’y a donc pas à suggérer que je sois a priori en infraction. Peu après, j’ai aperçu notre brigadier qui interviewait un autre piéton avec son cabas dans une rue adjacente.

Du coup j’ai raccourci mon parcours de jogging tout en allant en même temps chez mon pharmacien..

La Brigade Verte se déplace aussi à vélo et à cheval. On aimerait la trouver plus souvent lors des dépôts d’ordures sauvages

La Brigade Verte est une particularité du Haut-Rhin. Composée de 75 gardes champêtres communautaires, elle rayonne sur 328 communes sur les 377 que compte le Haut-Rhin.Elle est appelée depuis peu à contrôler le bon respect du confinement par les citoyens ainsi qu’à les verbaliser en cas d’infraction.

le champ d’action habituel de la Brigade Verte

En 2019, le corps de la Brigade Verte était appelé à être dissous dans le cadre de la réforme territoriale.(voir article de l’Alsace de 2014)

Il est vrai que la Brigade coûte bonbon à la collectivité, près de 8 millions d’euros dont la moitié financé par le Conseil Départemental…et l’autre moitié par les communes.

En 2016 quatre communes importantes Rixheim, Illzach, Ammerschwihr et Sausheim avaient préféré ne plus participer au financement jugeant le service trop peu efficace en regard de ses coûts.

Mais en 2020, la Brigade Verte est toujours là.

« Nous ne sommes pas en dictature, mais je ne me suis jamais autant senti en dictature. »

c’est l’avis de Thierry Crouzet face à ce que nous vivons

Chronique de pandémie

Courir pour ne pas dépérir

La routine s’est installée. Chacun d’entre-nous a pris la mesure de sa nouvelle vie, ses nouvelles marques dans le périmètre du confinement.

Je pense aux malades lourdement appareillés, ceux qui sont abandonnés à des cohortes de soignants, objets de gestes intimidants dont ils ne peuvent rien voir, ni savoir et qu’on transporte parfois à mille lieues de chez eux. Se réveilleront-ils de ces drogues infligées? de cette sur-inflammation provoquée par les anticorps face à l’agression du covid? et s’ils se réveillent, comment vont-ils accepter ce monde étrange qu’ils ne connaissent plus?

Mon vélo, cet objet si futile en regard de la situation, est devenu inutile puisqu’on nous l’a interdit au nom du fameux « restez chez vous! »

un tiers de la planète arrêtée

Ce slogan construit à la hâte par les experts fera date dans l’histoire du confinement. Les soignants s’en sont emparés pour nous stigmatiser: si vous sortez, vous irez mourir à l’hôpital. C’est ce que l’on a compris. Alors pas de détails, on enferme tout le monde. Nous sommes devenus des boulets, des bourrins qui ne comprennent rien, des inutiles. Voila ce qu’on a fait de nous.

Même aller chercher son pain avec un deux-roues est suspect. Alors je m’abstiens. Certes il y a ceux qui continuent de parcourir des kilomètres dans leur garage sur un home-trainer. Je n’ai jamais imaginé être de ceux-là même si je serais tenté aujourd’hui. Mais je n’ai pas de home-trainer…et il est interdit de s’en procurer.

Des pompes pour rester debout face à l’enfermement

Heureusement, un jour sur deux, je sors courir. Le 7 février 2020, on ne parlait pas encore de l’épidémie de covid-19 et je m’étais mis à courir à courir. Par curiosité simplement.Ce sera aujourd’hui ma dix-neuvième sortie dans le quartier. Un vrai bonheur! Mieux, j’imagine, que ces prisonniers qui n’ont droit qu’à une cour.

Oui, la routine s’est installée chez les confinés. Certains se mettent à la cuisine, d’autres entreprennent des rangements de vêtements, de chaussures, de livres. Les livres sont de bons alibis au rien faire: on croit ranger la bibliothèque puis l’on s’éprend d’un polar oublié et l’on y passe des heures. Nos petits-enfants sont inondés de devoirs par le net. Ils transposent avec devoir les exercices sur un cahier quotidiennement. Les parents redeviennent des tuteurs avertis du savoir de leurs têtes blondes. Il convient d’organiser un tiers-temps entre devoirs, plein-air et jeux d’intérieur. On se demande parfois si l’enseignement magistral ne va pas être détrôné par le télé-enseignement et rendre les murs des écoles obsolètes. Il manquerait évidemment le lien social traditionnel.

Les familles en télétravail, elles aussi, se sont organisées. L’un dans la chambre d’amis, l’autre au salon. Les bandes passantes de l’internet semblent tenir le choc. Cette révolution forcée du travail à distance ne va manquer de transformer là-aussi la relation sociale d’entreprise. Là où les employeurs étaient réticents, la contrainte s’est imposée sans qu’on sache a priori si cette nouvelle forme de travail sera par la suite poursuivie.

Dans ce calme relatif du confinement, l’épidémie frappe toujours en force. 418 morts hier, le bilan le plus lourd jamais atteint! 21000 hospitalisés! Et des médecins impuissants à enrayer cet emballement de la machine humaine face à l’agression du virus dans les poumons.

Quant au Grand Est, qui a été la première région fortement touchée, il enregistrait lundi soir un total de 3 950 hospitalisations, dont 844 en réanimation, et 919 décès à l’hôpital depuis le début de l’épidémie.