Jour : 25 mars 2020

Comment les Pays-Bas vivent le confinement?

Bois-le-Duc

Mon confrère « Jeanne à Vélo » publie « le vélo au temps du confinement aux Pays-Bas ». C’est très instructif. Je vous invite à aller voir son site

Faut s’y mettre. Au moins!

acrylique 40×30 sur carton

C’est le genre d’image de nuit que j’aborde avec appréhension. Appréhension, c’est le copain de fais-gaffe. Les aquarellistes n’aiment pas le noir. Les acryli…ciens (?), si. C’est le canal de la Marne à Saint-Dizier devant l’ancienne usine Miko.

Parcours de confinement

je veille à ne pas aller à plus d’un kilomètre de ma base

Il faut jouer la montre. On n’a plus droit qu’à une heure de jogging dans le quartier. Pour moi qui suis néophyte de la discipline, c’est amplement suffisant.

Heureusement que je me suis mis à courir à pied le 7 février, sans savoir que le coronavirus allait bloquer les sorties vélo en France. Depuis cette date, j’ai réalisé 16 sorties et parcouru 87 km.

Sept kilomètres dans un aussi petit périmètre, ce n’est pas si mal. J’évite de cracher sur les passants. Ils sont craignos les passants lorsqu’ils me voient arriver. Un dingue, certainement. Les promeneurs de chiens sont des pros, ils ont des alibis béton, le chien. Le mec qui court tout seul sans chien, c’est plus louche culturellement. A pied? c’est pire. Ceux-là rasent les murs comme s’ils n’avaient pas la conscience tranquille.

Et vous qu’est-ce que vous foutez comme boulot? je me confine pour notre bien collectif.

Dans cette société duale, il faut bien comprendre qu’il y a dorénavant deux types d’individus, ceux qui sont confinés par définition et tous les autres. Ceux pour qui c’est comme avant et pour lesquels le « restez chez vous » est sans objet. Les artisans qui bossent chez les particuliers (normal ils ont besoin de gagner leur croûte), les éboueurs, les livreurs, les boulangers en tournée, les facteurs. Les confinés forment société à part, une société d’assistés et indemnisés qui n’a qu’à se taire.

mon outillage de confiné plié en quatre dans ma poche pour le cas où…
La rigueur de nos soignants qui ne cessent de nous donner des leçons de civisme sur Facebook est soumise à rude épreuve. Comme en témoigne ce masque FFP2 abandonné dans le parc de mon Ehpad à coté de la chaise.

Chronique de pandémie

A votre santé! Manifestement, il nous nargue

Ils ne savent pas, je ne sais pas, personne ne sait.

Les sachants ne savent pas. Ils ne savent pas ni quand s’arrêtera cette pandémie, ni pourquoi elle se développe, ni quel traitement utiliser. Ils ne savent rien et par voie de conséquence ils sont contestés, voire contredits. L’épisode chloroquine en est l’illustration.

C’est une pandémie qui ressemble effectivement à une guerre. Or la guerre, très peu parmi nous l’ont connue.

L’annonce que le confinement durera au moins six semaines a fait l’effet d’un électrochoc dans les esprits.Les commentateurs l’ont souligné: c’est surtout « au moins » qui est intimidant car l’attaque adverse loin de marquer le pas progresse et déjoue les plans de nos généraux-épidémiologistes. Comme la ligne Maginot!

Au front, à Strasbourg, on organise un train à grande vitesse pour rapatrier trente malades sur nos arrières. En Nouvelle Aquitaine, les locaux sont déjà impactés par les Parisiens ayant cru bénéficier d’une ligne de démarcation dans la propagation du virus.

Je tente de dépeindre les choses telles que je les ressens à travers l’information distillée tout le long du quotidien de notre inaction.

Partout sont rapportés les effets délétères sur la population de ce confinement qu’on dit insuffisamment observé. Ma rigueur réglementaire à tracer ma zone de confinement d’un kilomètre méthodiquement parait bien dérisoire face à l’arsenal policier qui veut nous tenir enfermés, coûte que coûte.

Merci de nous avoir accordés un kilomètre autour de chez nous pendant une heure. Merci encore, vous êtes trop bons! L’indifférenciation de la distanciation sociale conduit à l’inanité. Ces mesures semblent parfaitement illustrer la méconnaissance, la compréhension de ce qu’est un territoire rural, avec ses bois, ses champs, ses landes. Pour les épidémiologistes la France est une ville qu’il faut nécessairement quadriller pour mieux enfermer le virus à l’intérieur.

Géolocaliser le citoyen infecté

Géolocaliser le citoyen, on y arrive puisqu’on en parle. Pister les porteurs de la maladie et suivre tous leurs contacts potentiellement infectés avec un bracelet électronique comme pour les prisonniers, c’est possible. L’application est prête, il n’y manque plus que le feu vert de l’État. Cette info a fait tilt, j’ai tout de suite pensé aux lépreux qu’on obligeait à se déplacer avec une sonnette à la main aux abords des habitations, puis plus tard aux Juifs avec l’étoile jaune.

Classer ses pin’s?

Enfin la FUB s’est fait entendre. Olivier Schneider, président de la Fédération des Usagers de la Bicyclette a obtenu que la maréchaussée ne confonde pas vélo des champs et vélo des villes; on ne devrait plus être verbalisé pour se rendre au travail ou faire ses courses à vélo. Non, les mentalités n’évoluent pas: le vélo est toujours considéré comme un outil de loisir à un point tel que certaines autorités locales en viennent à fermer les pistes cyclables.

Une baguette de pain chaque jour?

Une baquette de pain chaque jour? Non, c’est dorénavant interdit. La nécessité de manger du pain frais est contestée par les policiers, il faut acheter au moins trois baguettes à la fois pour moins sortir de chez soi. Ces petites « crasses zélées » ne peuvent qu’aggraver la défiance qui se fait jour ça et là.

Six semaines, ça change tout. Impuissants, on assiste aux cohortes de chiffres morbides des dépêches.Nos vieux commencent à morfler, c’est effrayant. Ils tombent comme des mouches par dizaines dans les Ehpad, ces unités (de fin) de vie où le confinement est dévastateur. Les experts s’attendent à cent mille morts!

En zone d’attente, tous les sportifs piaffent d’impatience dans leurs jardins ou sur leurs balcons. Ils vont piaffer encore longtemps. Corrélativement, les esprits s’échauffent sur les réseaux sociaux entre ceux qui, pris d’un peur panique, rabâchent à l’envi « restez chez vous! » et tous les autres qui ont le malheur de réfléchir et qui cherchent entre les lignes des injonctions arbitraires un espace ténu de liberté.

Chacun s’évite

Dans le logis, chacun s’évite, scrute l’autre…as-tu bien dormi?as-tu mal à la tête? pourquoi tu tousses? on se tient à un mètre l’un de l’autre devant la télé. On ne sait jamais. Il en faut au moins un qui reste pour les formalités.

Pire scénario pour celui ou celle qui vit seul! Ma mère est dans ce cas. Elle ne sait pas tout heureusement. On ne lui dit pas.

Il faudra ensuite entreprendre de guérir les maladies mentales consécutives à cet enfermement.

Ceux qui ont Facebook peuvent m’y suivre. On a du temps.