Jour : 9 février 2021

Cibles

Il est vaillant. Criblé par les projectiles, il semble attendre le prochain compétiteur de tir à l’arc.

Celui-ci itou

Bien crotté, je rentre par le froid qui se fait de plus en plus vif.

François Hennebert

Je ne connaissais pas François. Il était centcoliste (N°5532). Il a laissé une lettre à tous ses amis avant de partir.

Un dernier mail pour vous dire que je ne suis plus de ce monde.

Destination « terre inconnue » mais je ne pense pas aller vers les paradis proposés, en particulier, par les religions monothéistes. 

Je pense plutôt à une visite à des personnes, de ma famille ou d’amis, qui m’ont marqués dans ma vie, parfois par leur absence trop précoce : quel plaisir de revoir Marcelle et Marcel, Jenny et Roger, Michel, Maurice, Bernard, Patrice, …. 

Un départ, c’est aussi l’occasion de regarder derrière et de faire un bilan : attention, il ne s’agit pas d’avoir des regrets. 

Alors, comme tout le monde, j’ai des réussites et des choses à côté desquelles je suis passé. 

Ma première réussite est le résultat d’une coopération : avec Martine, nous avons deux filles formidables et je les embrasse avec un petit regret de pas leur avoir dit assez souvent « je vous aime ». Mes 2 filles ont elles aussi bien travaillé et je suis heureux grand-père  de Julia, Thomas, Héléna et Louis . 

Je pense aussi que je peux être assez fier de ma vie professionnelle. A 15 ans, je rentre à l’école normale de Lille et j’en sors professeur de mathématiques à 20 ans… Un petit tour par Hazebrouck puis direction l’Amérique du Sud à Cumana au Vénézuela pendant 4 ans pour honorer mes obligations de service militaire… Au retour de cette parenthèse, c’est le Sud qui m’accueille : une petite année au lycée Quinet à Marseille puis 3 décennies au lycée Vauvenargues d’Aix : j’y ai fait des mathématiques mais aussi du syndicalisme , du théâtre, des cours aux basketteuses de l’internat… et tout ça avec les copains bien sur ! 

En parallèle, aux environs de 40 ans, je tombe éperdument amoureux de ma petite reine : la bicyclette ! J’en resterai amoureux jusqu’au dernier souffle… Avec elle je découvre un club, d’abord CSP puis CSPA, des copains encore, la tâche aride de trésorier (j’ai vu passer quelques présidents… de caractère !), puis organisateur de brevets… Mais surtout j’aime rouler pour découvrir des paysages, des cultures et surtout les hommes et les femmes qui les habitent… En retraite je deviens globe trotter : Amérique du Sud, Nouvelle Zélande, Paris-Pékin, Asie, Amérique du Nord, Italie, Espagne, Autriche, les Paris-Brest, les cent cols, les diagonales, … Seul ou bien accompagné (Jean-Yves, Jean-Pierre, Dominique, Patrick notamment…)… et j’aime partager, alors j’alimente le site de mes voyages… A la louche  42000 kms pour 14 road movies. 

Toute ma vie, j’ai aimé bien boire et bien manger, passer derrière les fourneaux et enfiler mon tablier pour préparer la fameuse daube de Papy, le noyer au chocolat, la  marmite du pécheur ou les poires au vin … 

Et puis avant le grand départ il faut bien parler aussi un peu de mon dernier combat… une saloperie de cancer n’ayons pas peur des mots… j’ai lutté parce que j’aime la vie… dans cet enfer, j’ai encore eu de bons moments avec ma famille, mes amis et encore et toujours j’ai fait des rencontres –petite pensée pour Laureline… 

Une ultime passion : retrouver mes ancêtres par la généalogie. Ma dernière découverte, Jean II de France, un ascendant au sang royal. 

En définitive, je quitte la vie, je casse ma pipe,  l’au-delà m’appelle… qui sait ce qui s’y trouve : une réincarnation en guanaco ? une bicyclette pour poursuivre mes voyages ? des retrouvailles ? Surprise… 

Francois Hennebert

Je trouve son témoignage bouleversant.

Leimbach