
Je passe devant chaque jour. J’ai cette vanité qui consiste à exposer chez moi pendant une semaine, voire plus, mes œuvres. Puis elles disparaissent dans un carton, dans l’oubli. Celle-ci par exemple est une drouille infâme qui, étrangement, a pris de la valeur chaque matin en passant devant. Je la trouvais de plus en plus belle, je veux dire sensible avec cette mer de glace qui ondule légèrement, sa noirceur qui révèle des abysses angoissantes, et ses roches déchirées.
Elle a une histoire. Au début c’est un paysage de brume de Longemer le 1er janvier à l’aquarelle. Raté! J’attrape de la pâte bleue et blanche acrylique et je tartine le raté. Les herbes fanées de l’avant-plan destinées à donner de la profondeur en prennent un coup aussi de pâte bleue. Comme pour marquer mon dépit.
Puis, pris de remord, je glisse l’ensemble dans une marquise et j’observe les dégâts. Un jour, deux jours,…Finalement mon mix aquarelle-acrylique va rester en carton sans être détruit. Je la donne à qui veut prolonger sa vie.
