Jour : 1 octobre 2020

L’eau mouille

A Wattwiller, le grand pré va disparaître au grand dam des riverains. La rapacité foncière fait son œuvre.

La petite goutte se déplace de gauche à droite au bout de la visière de mon casque. Puis elle tombe. J’ai compté jusqu’à vingt allers-retours. Je m’occupe comme je peux le long des départementales.

Pour être prévenant, j’ai mis « le jaune fluo » de chantier et en plus j’ai le feu rouge qui lance des flashs comme des SOS.

Les loups de mer ne craignent pas l’eau

Rouler sous la pluie n’est jamais très drôle.

Mais c’est une forme d’endurcissement du cycliste. Parfois l’on s’interroge…suis-je mouillé sous mes vêtements? ou est-ce la transpiration? C’est parfois les deux. L’important c’est d’entretenir la vapeur comme sur une locomotive.

Les pieds? ne pas trop remuer les doigts de pied, laisser l’épaisse chaussette faire son travail, elle gonfle et comble les interstices. Chez moi l’eau rentre par les cales malgré les sur-chaussures. Les doigts? le gant de cuir prend de la rondeur, il s’étoffe. Je pourrais boxer le premier récalcitrant avec un punch assourdissant.

Il ne reste plus qu’à attendre les dépassements.

L’oreille entend. Un livreur? oui, c’est les pires, ils vous frôlent avec les fourgons Mercedes car il n’est nullement question d’attendre. Ces mecs là n’ont aucune humanité. C’est la génération multitâches. Le gros poids lourd hésite derrière. Il n’arrivera pas à doubler. Alors je ralentis et un gros bulldozer sur un plateau me dépasse. La route n’est pas large et le chauffeur n’en mène pas large non plus. Dans le rétro il ne doit voir qu’un brouillard obscurcissant. Écrabouiller un cycliste sous une remorque à mille pattes, ça ferait une belle descente de lit mortuaire. Les plus innocentes sont les femmes au volant: dès lors que vous ressemblez à un cône de chantier, elles vous frôlent. Sans aucune volupté.

Ceux que je déteste le plus, ce sont les camions des gravières; ils vous repeignent en jaune kaki instantanément.

La vie du cycliste sous la pluie est une misère.

Nadine Nette et Chantal Mura exposent à Reiningue (à coté de Renault). J’aime bien ce qu’elles font
Notre Dame du Chêne brille de tous ses feux
Quatre bonnes roues d’Opel à celui qui en voudra. Pont d’Aspach
Les Huskys sont impatients d’en découdre, la patinette attend (derrière le pilote)

https://www.openrunner.com/r/12113403

Pour mieux comprendre

Gary, on n’en parlait pas à l’école. On aurait du. On préférait nous abreuver de Classiques. J’avais juste suivi l’embarras médiatique du Goncourt lorsqu’il a récompensé en 75 un auteur inconnu dénommé Emile Ajar avec « La vie devant soi ».

Ce n’était autre que Romain Gary, Goncourt en 56 avec « Les racines du ciel ».

Je suis un littéraire inculte. Alors je m’informe avant de me lancer dans une lecture, de choisir un ouvrage. J’essaie de trouver un parcours cohérent à mes choix de lecteur tardif. Un peu comme si je voulais me construire une héritage culturel « à la va-vite » et que j’emporterai en moi, sans rien imposer à quiconque.

En deux jours, j’ai avalé « Le Grand vestiaire ». Je le lis avec avidité. Quand je dis deux jours, un vrai lecteur prend quelques heures…sans rien faire d’autre.

Ce sortir de l’après-guerre correspond assez à l’idée que je me faisais de la France d’alors, moi qui suis né juste après. Toutes ces bassesses anti-juives, faites de dénonciations, de corruptions, de collaborations, on les trouve étalées dans le « Grand vestiaire » autour du personnage falot de Vanderputte.

Avec « Le Grand vestiaire » nous sommes au sortir de la seconde guerre. Le marché noir se prolonge et le trafic d’antibiotiques, de tabac, de préservatifs américains nous plonge dans un monde interlope d’anciens collabos qui se vautrent dans les biens des déportés.

Deux blocs opposés: le communisme et l’Amérique avec sa bombe. C’est dans ce monde binaire que la France va devoir se reconstruire.

Romain Gary, Compagnon de la Libération, diplomate « se suicide le 2 décembre 1980 avec un revolver Smith & Wesson de calibre 38, se tirant une balle dans la bouche »

Vite, mon vélo, que je prenne l’air!