Jour : 4 avril 2020

Chronique de pandémie

Discussions vidéo de groupe avec Messenger. La technique appelée à suppléer le confinement

Il n’y a jamais eu de roi si haï que celui-ci. Il est dans la dernière pauvreté et la plus grande alarme. Il ne peut emprunter. Et il a tiré tant d’argent que, s’il en lève encore, il met tout contre lui. (Histoire de France de Jules Michelet au sujet de François 1er)

Le bilan humain est terrible. Il est déjà terrible avant de l’être plus encore.

J’ai regardé sur la carte de France. Certains départements ne connaissent pas l’épidémie. Tant mieux pour ceux qui y habitent. Doivent-ils aussi vivre confinés?

Six départements français ne connaitraient aucun décès du au coronavirus (carte du 3 avril)

Les experts, de moins en moins sûrs d’eux, citent souvent Séoul en exemple. Cette capitale aurait vaincu l’épidémie grâce à ses moyens énergiques, tests, gels, masques et confinement. Séoul, une aire urbaine de 25 millions d’habitants entassés les uns sur les autres. Voila le modèle qu’on aimerait appliquer à la France.

Aux Etats-Unis, plusieurs personnes infectées par le coronavirus ont été contraintes par la justice de porter un bracelet électronique pour vérifier qu’elles restaient bien confinées à leur domicile.(source)

On n’est pas tirés d’affaire. Un ministre a parlé trop vite de sortie du confinement; de quoi susciter de faux espoirs. D’après ce que je comprends, la sortie du confinement sera pire que le confinement lui-même puisqu’on envisage une sortie différenciée selon le statut sérologique des individus, les lieux d’habitations et la possibilité de vous suivre à la trace par le tracking. Autrement dit, une sorte de bracelet électronique comme pour les prisonniers.

Et nous dans nos datchas fleuries, exilés de la ville, qui nous plaignons! Un ami d’un ami est mort hier après dix jours de réanimation. Ma mère qui vit seule se plaint de ne plus voir personne et, cruel destin, son petit chat d’un an a été retrouvé écrasé au bord de la route.

La famille s’est retrouvée hier en chat sur Messenger. Chacun y va de ses petits potins avec sa bobine bien rangée sur l’écran en mosaïque de l’Iphone. Ces réunions familiales sont appelées à se développer puisqu’il faut comprendre que nous serons pour longtemps encore privés de tout rassemblement.

J’avoue faire preuve de lassitude face à cet enfermement qui ne dit pas son nom, face à cet univers carcéral qui nous prive de nos libertés fondamentales.

Il faut admettre que le bilan épidémique ne cesse de croître tout en ralentissant. C’est en soi rassurant pour ceux qui chaque matin en se levant se tâte pour savoir s’ils présentent des symptômes inhabituels.

Mais le bilan social, la dette, les projets rejetés, les usines arrêtées, les entreprises abandonnées s’accumulent de façon vertigineuse.Mon petit vélociste du quartier est fermé depuis des semaines maintenant. Il ne vend pas de vélos, il n’en répare plus. Les associations sportives ont annulées toutes leurs manifestations et il faut, jour après jour, annuler aussi les engagements de l’été qu’on espérait tenir.

Le sport défendu

Confiné dans le Livradois-Forez, j’aimerais l’être (image mai 2019). J’ai toujours fui les grands rassemblements de populations humaines, celles qui aujourd’hui concourent à la propagation de l’épidémie

A part faire le patapouf sur le tapis du salon, que nous reste-t-il d’autre?

L’État a choisi d’interdire le sport de se pratiquer, y compris les pratiques individuelles qui auraient pu sauver la mise. On pourra longtemps lui reprocher d’avoir agi sans discernement. Mais c’est l’Etat régalien dans toute sa splendeur qui balaie tous les compromis comme un rouleau compresseur. L’Etat aura tout cassé et on mettra des années à rebâtir.

Je ne vais plus sur le groupe de discussion du Club des Cents Cols qui interdit toute polémique et qui est tenu par une poignée d’irréductibles du « restez chez vous ». A quoi bon discuter avec des gens qui ont perdu toute capacité de raisonnement!

Les clubs locaux sont des astres morts. Les membres ont quitté le navire depuis longtemps. A quoi sert un club s’il n’a plus de raison d’être? On peut affirmer sans trop se tromper que la saison 2020 des organisations sportives et culturelles est morte.

Ce n’est qu’un constat mineur qui cependant va s’ajouter aux dérèglements du corps social. Attendons à voir poindre les maladies mentales et les suicides dans quelques semaines à la suite du confinement.

La contention sur le fauteuil de nos vieux en Ehpad est déjà une conséquence de l’assignation à garder la chambre, une camisole qui ne dit pas son nom pour ceux qui persistent à vouloir déambuler dans les couloirs.

Un jour en me levant, j’ai vu un drap blanc au pied de l’Ehpad, le pensionnaire s’était jeté par la fenêtre. On aura depuis verrouillé les ouvertures.

Les grand immeubles collectifs des cités urbaines vont devenir des mouroirs du confinement si l’on persiste à enfermer les gens sans perspectives de lendemain.

Il tarde que nous sortions de l’impasse.