Jour : 13 avril 2020

C’est le pied

Je ne sais pas si c’est un pied de nez. Courir confiné est un délice. Un dernière parcelle de liberté dont on doit user. Une résistance salutaire.

Thann, rue Kléber, je descends en « roue libre». Se reposer tout en courant n’est pas facile car je n’ai pas de frein à main. Oui courir est un art que je découvre. Quand j’arrive à la maison, je ruisselle de partout et j’ai perdu 600 grammes en 50 minutes.

C’est plus fort que moi, j’ai besoin de « merdouilles électroniques » comme dit Lomoberet.

Mais pour l’apprentissage de la course à pied, c’est un bon confident d’avoir avec soi un truc qui cause pour vous dire que vous allez trop vite et qui mesure vos paramètres. C’est mon cas, je m’emballe facilement et à 146 pulsations, l’appli me rappelle à l’ordre. Alors je baisse la cadence.

Courir avec de la musique et un casque sur les oreilles? Culturellement, je suis bloqué. Je n’arrive pas imaginer…alors que la nature et les chants d’oiseaux sont là. Et quelle musique écouter? des marches militaires? une marche lente de légionnaires avec « voila du boudin »? Les experts vont me guider…

L’appli embarquée, c’est ce qui me permet de tenir pendant l’heure sans devoir m’arrêter.

L’appli dit que je suis en VO2max tout le temps. Je ne sais pas comment elle le calcule. Ce qui sous-entend que je consomme le maximum d’oxygène (L/min) que mon organisme est capable d’avaler. Au-dessus de ce seuil je suis en « anaérobie » et je produis des lactates. A éviter! Aujourd’hui j’en ai produit pendant 4 minutes.

Courir deux jours de suite est une première pour moi. Et je l’ai ressenti tout de suite dès le départ ce matin. Moins de punch pour monter la petite côte de Leimbach, j’étais en alarme cardio souvent. Ma montée devait être pitoyable. Quand le plat arrive, je suis content, je « remets trois dents ».

Cadence et pas sont les témoins de votre régularité

J’expérimente tous les scénarii de trajectoires. C’est facile pendant le confinement, on a toute la route à soi. Les trottoirs? moins faciles que la route, beaucoup de raccords et de regards disjoints, je prends les bordures aux bateaux de porche, c’est moins haut et je traverse en diagonale. Les virages de coin de rues sont fatigants, on ressent clairement le petit pas dedans et le grand au-dehors qui permet de girer. Je n’aime pas les grandes descentes qui font mal.

Les muscles des cuisses sont ainsi plus sollicités notamment pour assurer « l’atterrissage » avec surtout le quadriceps ( à l’avant ) qui va assurer la stabilité de l’articulation du genou

Le jogging a ses techniques comme pour les cyclistes. On peut courir sans savoir tout ça, sans se prendre la tête nécessairement tant qu’on n’envisage pas de devenir un compétiteur. Surtout à mon âge!

Le pain

La solution : faire du vélo avec son attestation pour aller acheter des biens de 1ère nécessité, et en profiter pour pédaler un peu fort. Dans ce cas, on peut s’éloigner à plus d’1km de son domicile dans la mesure où les seuls commerçants disponibles sont à 2km (Christine Corbin)

Christine Corbin a raison. On a trouvé une échappatoire à l’absurdité ambiante. Ce matin à six heures, j’ai enfourché ma bécane et je suis parti. Profitant de la fermeture de mon boulanger de quartier, j’ai rejoint le centre-ville.

Je suis donc sorti par nécessité de mon rond de confinement muni de mon attestation K2.

En 1914, mon grand-père prisonnier en Allemagne parlait souvent du pain KK, le Kriegskartoffelbrot, pain de pomme de terre, surnommé caca par les Français. Nous sommes aussi dans le registre des K

Thann centre-ville, son boulanger, ses nids de poule

L’air était vivifiant, le Rangen à peine éclairé par le soleil levant. Une promeneuse de chien, un joggeur. On se fait discret dans le petit matin.

les potins du lundi de pandémie

Morne lundi de Pâques

« Tu n’as pas de Doliprane chez toi? »

Semaine lourde en questionnement, en doute et en hypothèses. Les tensions apparaissent parmi la population par réseaux interposés. Quand verra t-on le bout du tunnel de cette interminable épidémie?

A la frontière allemande, les Français sont mal vus dans les boutiques. Surtout s’ils viennent juste acheter du Doliprane. « Tu n’as pas de Doliprane chez toi? »

Vu de l’Allemagne les petits voisins ont montré leur incompétence face au virus. Alors qu’ils ne l’exportent pas chez nous! C’est la tonalité du propos.

Mortalité comparée. La différence entre l’Allemagne et la France est cruelle

Pourquoi nous n’avons pas su?

Outre la polémique, il faudra un jour nous expliquer pourquoi nous n’avons pas su. Pas su endiguer ce flux morbide. Le mal est fait. Oui comme le dit Elisabeth Kleinhans-Bucher dans les DNA cette semaine c’est « un gifle pour la France »…

Les Français se sont pourtant appropriés au cours de ces longues semaines d’inactivité les données de la chose. Ils ont en mémoire les faux-pas, les hésitations des sachants, les interprétations hâtives.

L’épisode des ratages, celui des élections bâclées, le manque de tests quand l’Allemagne testait tous azimuts, l’épisode des masques et la saga des tarmacs d’aéroports, l’épisode des « cinq mille lits » (25000 en Allemagne), le dénuement de nos hôpitaux, l’abandon de nos vieux, l’absurdité d’un confinement massif réprimé sans discernement 135 euros par une police zélée, l’incroyable déchirement des experts par écrans interposés sur la chloroquine, …tout cela on le sait par cœur et on pourra s’en souvenir.

Et après l’hécatombe de morts?

Il reste la suite qui ne devrait pas être moins pire. Comment sortir de cette crise pandémique dont personne ne maîtrise la fin?

On comprend la position du corps médical qui faute de traitement voudrait nous confiner jusqu’à Noël. Surtout nous « les vieux » de plus de 65 ans. Du coté des politiques, on sent que les épaules du Président sont de plus en plus fragiles face au désastre.

mortalité le 12 avril (source Franceinfo)

Oui Orwell est pour demain

…il va falloir décider de la suite. Et remettre la machine en marche avec les incroyables inconnues qui continuent de peser. Comment vont se comporter entre-eux les infectés, les guéris, les non-infectés, …et les faux-guéris?

L’arsenal dont nous disposons faute de moyens, faute de tests massifs, c’est un système policier. Fliquer tout le monde selon son statut et grâce à nos téléphones portables.

Oui Orwell c’est pour demain. Parmi le personnel politique, tout le monde fait le gros dos de crainte qu’on lui reproche plus tard d’avoir aggravé le problème. C’est la France en lambeaux.