Chronique de pandémie


Comme ces fourmis agitées devant leur fourmilière fracassée, la France bricole

La France bricole. Pas seulement ses masques!

Pas toute la France, non. Celle de la petite bourgeoisie des classes moyennes assignées à résidence.

L’autre France, celle des « utilités » turbine à cent à l’heure. C’est un peu celle qu’on appelait la France « d’en bas », celle que Macron canardait à coups de LBD et qu’il remercie chaque jour pour leur dévouement à la cause publique. Cette France là, on en a besoin encore un peu. Alors on la congratule. La politique est une grande arnaque, je n’en ai jamais douté.

La France qui bricole s’est installée dans une indolence provoquée par le confinement. Les files des « drive » s’allongent avec les berlines des CSP+, ces retraités aisés, ces mères contraintes au foyer toutes masquées tandis qu’un employé charge les coffres généreux de victuailles et de produits d’entretien.

Au pied des collines sous-vosgiennes, le vignoble travaille. Au petit matin, les fourgons grimpent dans les chemins escarpés du Rangen. Si la vigne va, c’est que tout va bien, pense t-on! Devant la vigne, les fumées de l’usine Cristal, immuables, témoignent que la planète tourne encore.

Pourtant, il semble que la France s’est arrêtée. Tout mon voisinage est là depuis des semaines. Ici des enseignants, là un chimiste, et là-bas un pilote de ligne. On entreprend les travaux de la maison, ceux du jardin, habituels en cette saison et d’autres moins urgents comme le rangement des garages et des buanderies maintes fois reportés.

Les enseignants enseignent-ils? on me dit que oui. Par internet interposé. Fini l’enseignement magistral en haut de l’estrade, c’est une messagerie électronique qui y supplée et les parents qui s’y collent.

Le pilote va t-il reprendre son avion de ligne? se pose t-il la question de son devenir? pas facile avec la distanciation imposée d’embarquer des passagers confinés comme des sardines dans une atmosphère pressurisée d’Airbus! L’état, en faillite depuis Fillon, envisage de racheter Air France…comment va t-il payer? Avec de la monnaie de singe, pardi!

Les malades s’empilent par centaines

On ne sait pas. On ne sait rien d’autre que ce que les pros de l’information veulent bien nous dire. Ici à vingt kilomètres de l’épicentre de l’épidémie, très peu de choses filtrent. Mulhouse est un peu devenu le Wuhan français malgré lui. C’est une inconnue sur laquelle se penche le CNRS. Attribuer la cause de tous nos maux à un Rassemblement Évangélique, c’est un procès en sorcellerie commode dont beaucoup se contenteraient. On sait juste que les malades s’empilent par centaines. Impossible de se rendre compte du ballet des ambulances… et des corbillards, l’accès à la zone nous est interdit puisque nous n’avons pas de raison d’y être. Sauf si l’on tombe malade!

Le gouvernement gouverne t-il?

Je m’interroge. Les agences de presse distillent des infos toutes contradictoires sur ce que pourrait être l’après-confinement. Le mot déconfinement fait peur au pouvoir, il ne veut plus l’employer de crainte de voir exploser le virus que les épidémiologistes désemparés appellent saloperie.

Un bateau ivre qui ne sait pas trop quoi faire de sa cargaison épidémique

Le gouvernement gouverne t-il? Il est un peu comme ces marins qui tentent dans le brouillard d’entendre une corne de brume capable de les détourner d’un écueil fatal. Impossible de naviguer à vue, le virus est trop indomptable, alors on navigue à l’estime. Le bateau France est comme ces grands paquebots de croisières repoussés de port en port, un bateau ivre qui ne sait pas trop quoi faire de sa cargaison épidémique. Alors on ère.

La conduite à tenir est terrible pour nos gouvernants dont les vents contraires et soudains le font aller aller à hue et à dia. Le capitaine dont on mesure l’émoi, projeté si jeune en pleine tempête, n’a pas près de lui un vieux capitaine Haddock capable de l’aider aux gouvernes pour déjouer les récifs qui menacent.

Dans le haut-parleur de l’Etat, une speakerine nous délivre un verbatim fastidieux qui ne convainc pas. Comme pour nous faire attendre des jours meilleurs.

Pendant que la France bricole, elle n’a pas le temps d’avoir peur. Quand le monde d’après viendra après la tempête, il sera temps de panser les plaies béantes de l’épidémie et de reconstruire l’édifice. Comme ces fourmis agitées devant leur fourmilière fracassée.

Il est déjà quatre heures. Je vais tenter de dormir un peu.

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