Oui, le garde-boue va reprendre toute son utilité. Il pleut pour de bon.
Ce matin, je me lève en vitesse. Je ne veux pas perdre mon rĂŞve en route. Hier j’ai reçu par la Poste mon colis DĂ©cathlon. DĂ©cathlon livre Ă prĂ©sent, plus la peine de se dĂ©placer comme pendant la Covid oĂą je trouvais le bon K pour sortir de mon rond et pousser jusqu’Ă Wittenhein Ă la grande enseigne internationale russo-ukrainienne.
Donc j’ai reçu mon garde-boue tout neuf dans un magnifique carton qui aurait pu en contenir au moins dix.
J’ai presque regrettĂ© de gâcher une si belle boite, d’autant que le Colissimo Ă©tait gratuit. A ce prix lĂ , 12 euros, le gain pour DĂ©cathlon doit ĂŞtre bigrement amputĂ©.
Donc cette nuit j’ai rĂŞvĂ©.
Je descendais une cĂ´te. Très longue. En bas un hameau et une Ă©choppe. Mon attention est attirĂ©e par des gamins autour d’une collection de garde-boues allongĂ©s Ă terre. Je manque de rouler dessus en m’arrĂŞtant.
Justement, j’en repère un qui me conviendrait. Le mĂŞme modèle que celui que j’ai commandĂ© par la suite Ă DĂ©cathlon. Mon garde-boue que j’aimais tant est mort dans un single de Pont de Roide, bride cassĂ©e. En guise d’obsèques, je l’ai pendu Ă une branche, religieusement, comme JĂ©sus sur sa croix. Peut-ĂŞtre ressuscitera t-il? On m’a vu; mĂŞme que la dame qui m’a vue le pendre Ă l’arbre m’a dit « je crois que c’est Ă un monsieur qui vient de passer… » .Le monsieur, c’Ă©tait moi et j’ai senti tout de suite que mon geste une fois accompli allait contribuer Ă polluer la forĂŞt et Ă jeter le discrĂ©dit sur la population des vĂ©tĂ©tistes.
Vététistes= pollueurs!
J’imaginais dĂ©jĂ les banderoles des marcheurs du Club Vosgien.
Celui que je convoite en bas de la côte a une articulation réglable pour bien épouser la roue.
J’achète!
C’est un matĂ©riel de contrebande, sans aucun doute. La fine Ă©quipe vit de rapines, des miettes ramassĂ©es sur des vĂ©los de vĂ©tĂ©tistes qui trainent dans les bistrots, sans doute.
trois euros, m’sieur! me dit le plus jeune
faut aller voir la dame, me dit le plus grand, en me dĂ©signant l’Ă©choppe Ă cotĂ©
Je me dirige vers l’Ă©choppe, porte-monnaie en main et entre dans ce qui ressemble Ă un bouge mal tenu. La tenancière est une grosse femme boudinĂ©e toute vĂŞtue d’oripeaux chamarrĂ©s et dont l’allure ne laisse pas de place au doute.
C’est alors qu’entre en scène un homme fort connu de la scène internationale, Trump, l’ex-prĂ©sident des States.
Que fait Trump ici, en bas de cette descente isolée qui pourrait être Lamadeleine-Val-des-Anges ?
Trump fait tout de suite son effet. La tenancière m’a dĂ©jĂ oubliĂ©; elle invite Trump Ă le rejoindre dans son arrière-boutique et je reste lĂ , plantĂ©, mon porte-monnaie Ă la main, tandis que Trump glousse dĂ©jĂ dans son affreux accent amerloque.
Je reprends ma route, peiné pour Melania.
Finalement, après mon rĂ©veil en sursaut, je me replonge dans la lecture du quatrième tome d’Elena Ferrante « L’enfant perdue ». Je suis sidĂ©rĂ© par l’imbroglio conjugal dans lequel surnage Lèna avec ses deux filles.
J’achève mon habillage. Mes chaussettes sont siglĂ©es « l’homme parfait » . Est-ce un signe psychanalytique?
Ceci est une fiction sans rapport avec la réalité. Ou presque pas. Je classe à Humour